La fête du drapeau : entre contradictions et érosion de la souveraineté

La célébration de la Fête du Drapeau, emblème national de l’unité et de la fierté haïtienne, semble être prise dans un tourbillon de contradictions qui jettent une ombre sur son essence même. En 2023, lors de cette même fête, Fritz Alphonse Jean, alors porte-parole de l’Accord de Montana, avait exprimé son indignation face au choix du Cap-Haïtien pour accueillir les festivités, dénonçant ce qui, à ses yeux, n’était rien d’autre qu’un manquement à la tradition en faveur d’un agenda partisan. Deux années plus tard, ce même Fritz Jean, désormais emblème du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), adopte la posture qu’il avait autrefois condamnée.
La question qui se pose est celle de la crédibilité du CPT. En effet, trois des membres de cette institution sont cités dans des affaires de corruption relatives à la gestion de 100 millions de dollars de la Banque nationale de crédit (BNC). Dans un tel climat, la participation de Fritz Jean au défilé officiel soulève un véritable malaise. Comment peut-on concilier une posture de réformateur avec une proximité évidente avec des figures controversées, tout en évitant la rupture avec ses engagements passés ?
L’effritement de la confiance s’accompagne d’un nouvel incident d’effacement diplomatique. Récemment, un accord militaire a été signé à Santo Domingo entre le Kenya et la République dominicaine, permettant le déploiement de troupes dominicaines en Haïti pour soutenir les forces kényanes dans l’évacuation de leurs blessés. Cet accord a été élaboré sans consultation préalable avec le ministère haïtien des Affaires étrangères, soulevant de sérieuses interrogations quant au respect de la souveraineté nationale. Dans ce climat d’incertitude, l’annonce d’un défilé armé à Cabaret et la disparition progressive des représentants officiels évoquent une réalité troublante : la notion de souveraineté semble peu à peu devenir une fiction.
Ainsi, le 18 mai, traditionnellement dédié à l’hommage à l’unité du peuple haïtien, se transforme en une date orpheline, dénuée de son sens symbolique. La Fête du Drapeau, au lieu de célébrer la richesse de l’identité haïtienne, se voit entachée par des dysfonctionnements qui compromettent l’avenir politique et social du pays. Entre promesses non tenues et dérives institutionnelles, l’articulation entre tradition et modernité reste plus que jamais à questionner.
FcnHaïti

