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«Ti pa, Ti pa…»: le cris silencieux d’un assoiffé de justice

Mon intime conviction

Deux mots. Deux souffles. Deux pas. “Ti pa, Ti pa…” c’est tout ce qu’a écrit Joverlein Moïse, fils du président assassiné Jovenel Moïse, après l’arrestation de l’homme d’affaires Réginald Boulos aux États-Unis. Deux mots simples en créole, presque murmurés pour briser le syndrome de la page blanche, mais qui résonnent comme les trompettes retentissantes annonçant un apocalypse moral dans un pays asphyxié par l’impunité.

Dans un contexte normal, cette phrase pourrait passer inaperçue. Mais dans l’Haïti d’après le 7 juillet 2021, chaque mot pèse lourd, surtout venant d’un expéditeur tel que Joverlein. Car le sang d’un président a coulé dans sa propre chambre. Et depuis, la justice piétine, les pistes s’effacent, les coupables se terrent, parfois dans les salons du pouvoir, parfois à l’étranger, parfois derrière le masque des notables.

Joverlein Moïse aurait pu hurler, monter sur les toits du monde pour crier une demie victoire. Il aurait pu accuser nommément. Il aurait pu se venger par les mots. Il a choisi autre chose: le silence habité, la retenue parlante, le cris d’un fils blessé mais debout. “Ti pa, Ti pa…” devient alors un acte de foi; foi dans une vérité qui chemine lentement, mais sûrement en dépit des obstacles du système corrompu.

L’on se demande, qui lui a conseillé cette posture après ses sorties en héros solitaire, blasphémant le peu d’héritage politique fragile légué par son père, le feu président Jovenel Moïse, en essayant de récrire l’histoire de cet assassinat autour de sa personne, et se victimiser comme le vilain petit canard de la famille.

Ti pa ti pa, c’est le langage de ceux qui n’ont plus rien à prouver mais tout à attendre. Une façon de dire : « La justice avance. Et elle finira par atteindre ceux qui croyaient pouvoir l’éviter. »

L’arrestation de Pierre Réginald Boulos aux États-Unis marque un tournant décisif dans le redressement de la justice. En Haïti, l’État de droit est malade. Alors, c’est souvent à Washington, à Miami ou à New York que les premiers tremblements de justice apparaissent.

Ce n’est pas une victoire définitive. Ce n’est pas une preuve irréfutable. Mais c’est un signal. Et Joverlein l’a saisi, en homme d’une lucidité en devenir.

Dans ce pays où les crimes politiques deviennent de simples rumeurs avec le temps, la mémoire est un acte de résistance face à l’oubli implacable. Je ne suis pas en train de faire l’apologie d’un nom qu’on a tenté de ressusciter de sa mort, ni d’un petit jeune prétentieux mais effronté. Je veux juste rappeler que dans la quête de justice, chaque geste compte.

“Ti pa, Ti pa…” n’est pas un simple dicton. C’est aujourd’hui un mot d’ordre. Un rappel que les bourreaux, quels qu’ils soient, ne pourront pas éternellement marcher plus vite que la vérité. Ce sera donc le credo des milliers de victimes de Solino, Martissan, Bel Air, Kenscoff, Mirebalais, Artibonite et j’en passe. Ce sera désormais le contenu du soupir des assoiffés de justice oubliés dans les camps des déplacés internes, des orphelins, des enfants soldats enrôlés dans les gangs, des policiers sacrifiés, des jeunes, des celles victimes de femimicide dont les corps ont été utilisés comme armes de guerre, et tous ceux que je n’ai pas pu mentionner par respect pour leur mémoire.

L’arrestation de Boulos ouvre un nouvel espace: celui de la relecture des faits, de l’écoute des victimes, de la possibilité, si mince soit-elle, d’un procès équitable. Ce ne sera pas facile. Les intérêts sont puissants. Les complicités, nombreuses. Les témoins, silencieux ou menacés.

Mais la justice a commencé à marcher. Ti pa, Ti pa. Et elle ne s’arrêtera pas, tant que ce cris silencieux résonne fort dans les cœurs des assoiffés de justice.

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