ActualitésPolitique

Quand « Pitit Desalin » se tait, le silence devient assourdissant et paradoxal

Le 17 octobre 2024 marque le 218ème anniversaire de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, le père fondateur de la nation haïtienne. Une date sacrée dans la mémoire collective nationale qui devrait être un moment de réflexion et d’hommage pour l’ensemble des acteurs politiques, notamment pour ceux qui prétendent incarner les idéaux de Dessalines.

Pourtant, cette année, le silence assourdissant du parti politique « Pitit Desalin » dirigé par Moïse Jean Charles suscite incompréhension et indignation, mais aussi de perplexité. Jadis, Moïse était reconnu pour ses engagements audacieux et son opposition virulente aux injustices du pouvoir en place. Il représentait un symbole de lutte, de résistance, et, dans une certaine mesure, une continuité de l’esprit révolutionnaire de Dessalines. Mais depuis l’intégration de son parti dans le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Moïse semble s’éloigner de ce qui fut considéré come sa nature ou celle de ses discours… bref des préoccupations réelles du peuple haïtien, au point de se montrer insensible aux souffrances quotidiennes de ceux qu’il prétendait jadis défendre.

Le silence de « Pitit Desalin » autour de la commémoration de la mort de l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire d’Haïti est un tournant inquiétant. Comment expliquer cette absence de réaction de la part d’un parti qui se réclame de l’héritage dessalinien ? Est-ce une forme de compromission liée à sa participation au CPT, ou un retournement politicien, cherchant à éviter les discours enflammés du passé qui l’avaient autrefois défini ?

Ce mutisme trahit, sans doute, un certain essoufflement du leadership de Moïse Jean Charles. En entrant dans le CPT, il a peut-être sacrifié son aura d’homme de rue, de la révolte, en échange d’une portion d’influence politique et des intérêts mesquins. Mais , à quel prix ? Pour un peuple qui subit de plein fouet l’insécurité, l’instabilité économique et la désillusion; l’inaction des leaders politiques est perçue comme une trahison. Jean-Jacques Dessalines, qui s’est battu pour la liberté et l’égalité des noirs, serait-il aujourd’hui déçu de voir que son nom et ses idéaux sont utilisés à des fins politiciennes, sans réel engagement en retour ?

La commémoration de la mort de Dessalines n’est pas seulement un moment historique, c’est un rappel de la lutte pour la dignité du peuple haïtien. Le silence de « Pitit Desalin » et de Moïse Jean-Charles montre combien la déconnexion entre les élites politiques et les aspirations populaires s’est creusée.

Le peuple attend des actes, pas des silences méprisants.

Hyshney Saint-Julien / Journaliste

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page