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Commémoration, 12 janvier 2010 : MOHSANA plaide pour une refondation radicale de l’État-nation

À l’occasion de la commémoration du séisme du 12 janvier 2010, le Mouvement haïtien de sauvetage national (MOHSANA) publie une prise de position d’une rare sévérité. Le mouvement établit un lien direct entre la catastrophe naturelle et une faillite politique et institutionnelle de longue durée, dénonçant une gouvernance par procuration et appelant à une refondation radicale de l’État-nation.

Le 12 janvier n’est pas une simple date du calendrier haïtien. C’est une fracture historique, une blessure ouverte qui continue d’interroger la responsabilité des dirigeants et la solidité de l’État. Seize ans après le séisme dévastateur de 2010, qui avait causé plus de 200 000 morts et déplacé plus d’un million et demi de personnes, le Mouvement haïtien de sauvetage national (MOHSANA) rompt avec les discours commémoratifs convenus pour livrer une lecture politique sans concession du drame.

Dans un message adressé au peuple haïtien, le mouvement affirme que « ce jour-là, la terre a tremblé et l’État s’est effondré ». Pour le MOHSANA, la catastrophe naturelle n’a fait que révéler une vulnérabilité construite au fil de décennies de mauvaise gouvernance, d’impunité et de captation de l’appareil public par des intérêts privés et étrangers.

Les chiffres récents viennent, selon le mouvement, confirmer la permanence du désastre. En 2024, plus de 5 600 personnes ont été tuées dans des violences liées aux gangs armés, tandis que plus de 1,3 million d’Haïtiens, en majorité des femmes et des enfants, ont été déplacés de force. « Ces données ne sont pas abstraites, insiste le MOHSANA : elles traduisent l’absence prolongée d’un État fonctionnel et protecteur. »

Sur le plan scientifique et environnemental, le diagnostic est tout aussi sombre. Les études du Bureau des mines et de l’énergie, corroborées par la recherche géophysique internationale, confirment la présence de failles sismiques actives sur l’ensemble du territoire, notamment dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. À cela s’ajoutent des risques écologiques chroniques, déforestation massive, urbanisation anarchique, exposition extrême aux ouragans et aux inondations, documentés par la FAO et le PNUE. Autant de menaces structurelles que la crise politique n’a fait qu’aggraver depuis 2010.

Le séisme, rappelle le mouvement, a également mis en lumière l’échec des politiques de reconstruction. Plusieurs milliards de dollars d’aide internationale ont été mobilisés sans produire un renforcement durable des institutions publiques ni une amélioration significative des conditions de vie. Le cas de Canaan, aujourd’hui bastion de groupes armés, est cité comme l’un des symboles les plus criants des effets pervers d’une reconstruction opaque et mal gouvernée, notamment sous l’égide de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH).

Le MOHSANA dénonce par ailleurs une « gouvernance par procuration » qui aurait marginalisé l’État au profit d’ONG et d’agences internationales, fragmentant l’action publique et affaiblissant la souveraineté nationale. Cette dynamique, largement analysée par la recherche en science politique et en développement, aurait contribué à l’érosion de la légitimité de l’État et à l’enracinement de l’impunité.

Le mouvement n’élude pas non plus la responsabilité des puissances étrangères, en particulier celle des États-Unis, dont l’ingérence politique, sécuritaire et économique est décrite comme un facteur structurant de la dépendance institutionnelle haïtienne, de l’occupation de 1915 aux interventions contemporaines dans les processus de décision nationale.

Face à ce constat, le MOHSANA plaide pour une refondation radicale de l’État-nation. Celle-ci passerait par la reconstruction d’une administration publique compétente, une justice indépendante, des forces de sécurité professionnelles et une décentralisation effective. Le mouvement rejette les solutions qu’il juge illusoires, telles que les consensus politiques d’élites ou le recours à des institutions discréditées, et propose une transition portée par une administration technocratique intègre, issue de larges consultations nationales, avec une représentation significative des femmes.

« Se souvenir du 12 janvier, ce n’est pas se complaire dans le deuil, mais refuser que la catastrophe devienne un mode de gouvernance », martèle le mouvement. Pour le MOHSANA, la commémoration doit être une mise en demeure adressée à la classe dirigeante et à la communauté internationale : le salut d’Haïti ne saurait venir d’une tutelle déguisée, mais d’un État réconcilié avec sa nation.

La terre peut encore trembler, conclut le message de MOHSANA. Mais l’État haïtien, lui, n’a plus le droit de rester à terre.

JJJ / FcnHaiti

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