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Champ-de-Mars: Viv Ansanm tire des balles, le CPT et le gouvernement signent des décrets

Des membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et des membres du gouvernement en costume, des échanges protocolaires, et des décrets adoptés dans les dorures du Palais. Dehors, les tirs crépitent, les rues sont désertes, et les forces de l’ordre ripostent tant bien que mal. C’est dans ce décor tendu que s’est tenu le Conseil des ministres le jeudi 9 octobre 2025 à Port-au-Prince. Viv Ansanm a revendiqué l’attaque, rappelant que le pouvoir, en Haïti, ne se mesure pas qu’aux décisions prises en Conseil des ministres, mais aussi au nombre de fusils sur le terrain. Pourtant, en signant ces textes, le gouvernement affirme sa volonté de ne pas céder. Du moins, pas encore.

Dans un climat particulièrement tendu, le Conseil des ministres s’est réuni ce jeudi au Palais national, au Champ-de-Mars, sous la présidence du Conseiller-Président Leslie Voltaire, suppléant le coordonnateur général du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Laurent Saint-Cyr. Cette séance revêt un caractère hautement symbolique, marquant la première tenue d’un Conseil des ministres en ce lieu depuis l’installation du CPT, dix-huit mois auparavant.

Cependant, cette réunion s’est déroulée dans un contexte de grande instabilité sécuritaire. Tandis que les autorités, par la voix du ministre de la Communication, James Monazard, ont évoqué une séance sereine, de nombreuses images diffusées sur les réseaux sociaux, témoignent d’une réalité plus préoccupante. De violents échanges de tirs ont éclaté durant le Conseil, opposant les forces de l’ordre à des membres lourdement armés de la coalition criminelle Viv Ansanm, aux abords immédiats du Champ-de-Mars.

Cette attaque, revendiquée par Jimmy Chérisier, alias « Barbecue », porte-parole de ladite coalition, visait manifestement à contester la réaffirmation de l’autorité de l’État sur le centre-ville de Port-au-Prince. Dans une déclaration provocatrice, ce dernier a fait savoir que sans la volonté de son association, l’État ne pourra pas contrôler le centre-ville, soulignant ainsi les défis persistants auxquels se heurte le pouvoir exécutif dans sa tentative de restauration de l’ordre républicain.

Malgré cette irruption de la violence, le CPT a tenu à souligner que la tenue du Conseil au Palais national constitue une étape stratégique et déterminante dans le processus de réinvestissement de l’appareil étatique au cœur de la capitale. Toutefois, cette séance déroulait sous les balles a permis l’adoption de plusieurs textes majeurs, parmi lesquels :

Le projet de décret relatif au Budget général de l’exercice fiscal 2025-2026, arrêté à 345 milliards de gourdes, avec une priorité accordée à la sécurité et à l’éducation ;

Le projet de décret abrogeant le décret du 17 juillet 2024 sur la Conférence nationale, ainsi que le décret référendaire du 24 juin 2025 ;

Le projet d’arrêté modifiant les articles 3 et 6 de l’arrêté du 18 septembre 2024, relatif à la composition et au mandat du Conseil Électoral Provisoire (CEP) ;

Le projet d’arrêté abrogeant les arrêtés du 24 juillet et du 2 septembre 2024, portant sur le Comité de pilotage de la Conférence nationale.

Dans une note officielle diffusée à l’issue de la séance, le Conseil Présidentiel de Transition a réitéré son engagement en faveur de l’organisation d’élections libres, crédibles et transparentes, objectif demeurant central mais ardu dans un contexte marqué par la fragmentation territoriale, l’insécurité chronique et la défiance envers les institutions.

Il importe de souligner que cette session, tenue sous haute tension au Champ de Mars, incarne à la fois la fragilité de l’État haïtien et sa volonté de reconquérir le cœur de Port-au-Prince, après des mois de retrait institutionnel. Tandis que la voix officielle saluait une étape déterminante pour la gouvernance, les échos des fusillades rappelaient cruellement que le contrôle du territoire demeure largement disputé entre les forces républicaines et les groupes armés.

FCN/Haïti

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