Boileau Jr Mondesir, au nom du Collectif des Citoyens du secteur Informel et des petites Entreprises d’Haïti, plaide pour un vaste plan de relance du secteur informel en Haïti

Le coordonnateur général du Collectif des Citoyens du Secteur Informel et des Petites Entreprises d’Haïti, Boileau Jr Mondesir, a lancé un appel en faveur d’un vaste programme de relance économique destiné aux acteurs du secteur informel affectés par l’insécurité et les déplacements forcés en Haïti, notamment de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, lors de son intervention sur la plate-forme Vant Bef Info, à l’émission Salon des invités, animée par le journaliste Jacques Innocent, récemment.

Selon les dires de Boileau, le secteur informel représente la véritable colonne vertébrale de l’économie haïtienne. Citant des données de l’IHSI publiées en 2023, il rappelle que près de 80 % des emplois dans le pays proviennent de ce secteur, lequel contribuerait également à plus de 60 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. Pourtant ce secteur est négligé totalement par les autorités compétentes.
Toutefois, la crise sécuritaire des dernières années a profondément fragilisé cette dynamique économique. Boileau Jr Mondesir estime qu’environ 40 % des déplacés internes vivaient auparavant d’activités issues du secteur informel, soit entre 495 000 et 520 000 personnes directement touchées dans leurs moyens de subsistance. La situation des micro-entrepreneurs, dit-il, devient incertaine pendant que nombre d’entre eux se trouve actuellement dans des camps de réfugiés un peu partout.
À travers des enquêtes de terrain réalisées par le CCSIPEH, plusieurs micro-entrepreneurs ayant autrefois des revenus compris entre 15 000 et 100 000 gourdes auraient perdu leurs espaces commerciaux, leurs stocks de marchandises ou leurs dépôts à cause des violences armées et de l’expansion des gangs dans plusieurs quartiers de la région métropolitaine de Port-au-Prince.

« L’insécurité a détruit le statut économique de nombreuses familles », a-t-il déploré, soulignant que plusieurs victimes vivent désormais dans des camps de fortune ou chez des proches dans différentes régions du pays, notamment dans le Grand Sud et l’Artibonite.
Le responsable du CCSIPEH met également en garde contre le risque d’une dépendance prolongée à l’aide humanitaire internationale.
Selon lui, les distributions alimentaires ponctuelles ou les transferts monétaires limités ne suffisent pas à permettre aux victimes de retrouver une stabilité économique durable.
Face à cette situation, le Collectif propose un programme de relèvement économique visant à accompagner progressivement les micro-entrepreneurs déplacés ou affectés par la crise actuelle.
Le chef de file du CCSIPEH affirme avoir déjà recensé entre 20 000 et 25 000 personnes évoluant dans le secteur informel et ambitionne d’atteindre à terme 350 000 micro-entrepreneurs à travers le pays.
Le programme envisagé comprend notamment :
l’identification et le recensement des bénéficiaires ;
la création d’une base de données ;
la distribution de kits de redémarrage adaptés aux activités économiques ;
un accompagnement financier direct ;
des formations en gestion commerciale ;
un système de crédits solidaires ;
ainsi qu’un suivi technique destiné à faciliter la formalisation des activités économiques.
Selon Boileau Jr Mondesir, les bénéficiaires pourraient être accompagnés dans l’obtention de cartes d’identité professionnelle appelée (CIP), de patentes et de matricules fiscaux afin de faciliter leur intégration dans l’économie formelle.
Projet pilote à Port-au-Prince
Le CCSIPEH souhaite également lancer un projet pilote au Champs-de-Mars, particulièrement sur la zone de la Place des Artistes, fortement touchée par les affrontements armés des dernières années. Ce projet viserait environ 450 à 500 micro-entrepreneurs et inclurait la réhabilitation des espaces commerciaux ainsi qu’un accompagnement économique adapté à tous les petits commerçants dudit secteur qui étalaient leurs marchandises dans les environs de zone précitée.
Fort de ce constat, le numéro du Collectif, Boileau Jr Mondesir, appelle les autorités haïtiennes à mettre en place des politiques publiques capables de soutenir durablement les acteurs du secteur informel et les milliers de déplacés internes affectés par la crise sécuritaire. Il en a profité pour annoncer des mouvements de protestation visant à inciter les autorités à accompagner non seulement les micro-entrepreneurs, mais aussi les laissés-pour-compte qui veulent se débrouiller pour prendre soin de leurs familles se trouvant actuellement dans des camps de fortune non appropriés.
FCNHAĨTI

