
Un conseil présidentiel à la tête d’Haïti, n’est-ce pas la chronique d’une catastrophe annoncée ?
Cette crise omnivore qui ravage le pays depuis bien des lustres, en dépit de son caractère rongeur, destructeur, comporte une portée bien révélatrice, celle d’exposer le niveau de sadisme de nos politiciens et de nos mentors. Chaque crise ou événement semble pour eux une occasion pour se masturber, pour paraitre sans jamais se rassasier. Depuis la nuit des temps, ils sont les éternels acteurs de la scène, ils participent dans toutes les rencontres, toutes les négociations, font partie de toutes les délégations ils sont toujours les mêmes, après eux, personne d’autre. Ils sont des docteurs, des spécialistes, des experts bourrés de compétence, d’expérience et d’expertise. Mais, quant à résoudre cette crise qui ravage le pays depuis tout ce temps, hmm ? L’on se demande pourquoi ils acceptent de se mettre en bon enfant à la remorque de ceux pour qui ils auraient dû être des mentors tenant compte de notre passé glorieux ? Incapacité d’innovation ? immobilisme intellectuel ou fixation politique alors que les contradictions se dépassent et se déplacent de jour en jour ? ou s’agit-il d’une jungle où les prédateurs les plus doués, les plus féroces cherchent à contrôler, dominer, à assouvir leur faim canine aux dépens des autres ? ou sommes-nous tous des animaux malades de la peste ? Pourquoi mesdames/ messieurs, toutes ces grosses têtes n’ont -elles pas pu offrir une proposition acceptable à tous pour sortir le pays de l’impasse ? N’y-a-t-il pas là, mesdames/ messieurs quelque chose qui cloche ? Pourtant, vous êtes tous liés, vous vous connaissez tous, n’est-ce pas ? Forces, faiblesses, ruses ne sont-elles pas entremêlées ? Prenons un exemple : on peut commencer avec Panpra, visiter la Fusion, séjourner chez l’Espoir, demeurer chez l’Inite et finir en Phtkiste. Quel parcours !
Notre incapacité à nous dépasser pour offrir une alternative sérieuse pour résoudre la crise, a ouvert le flanc à des étrangers pour nous proposer des solutions cosmétiques, irrationnelles génératrices de crise future. L’on s’imagine comment vous vous sentez aux anges, honorés et même flattés quand vous êtes invités par ces étrangers pour discuter de la crise de votre pays. Vous n’êtes pas n’importe qui. On vous connait, vous prenez de la dimension, n’est-ce pas ? Messieurs, parlons sérieux et parlons vrai : comment quel qu’un qui connaisse bien l’histoire de son pays, peut -il accepter ou faire la proposition d’un collège présidentiel pour diriger le pays ? Rêve ou réalité ?
Faisons un peu l’histoire des gouvernements collégiaux en Haïti.
- Le premier gouvernement collégial qu’a connu le pays remonte en 1946, soit 142 ans après notre indépendance. C’était un Comité Exécutif militaire, il n’a duré que 7 mois du 11 janvier au 16 Aout 1946. Il était composé de Antoine LEVELT, Franck LAVAUD et Paul E. MAGLOIRE. Cette junte militaire a pris le pouvoir après le départ pour l’exil du président Elie Lescot après la grève des étudiants de de Damien.
- Le deuxième gouvernement collégial a pris le pouvoir en 1950 après la fin du mandat du président Dumarsais ESTIME. Il s’agit encore d’une junte militaire composée des mêmes personnes : Antoine LEVELT, Franck LAVAUD et Paul E. MAGLOIRE. Elle a pris le pouvoir du 11 mai au 6 décembre 1950. Il n’a duré que 7 mois.
- Le troisième gouvernement collégial remonte à la fin du règne de Franck SYVAIN (7 février au 2 Avril 1957). Il était composé de 9 membres et n’a duré qu’un mois et 19 jours du 6 avril au 25 mai 1957.
- Le quatrième gouvernement collégial était celui de E. ZAMOR, A. KEBREAU et A. VALVILLE. Il n’a duré que 4mois 8 jours du 14 juin au 22 octobre 1957.
- Le cinquième gouvernement collégial du pays est celui du 7 février au 20 mars 1986. Il était composé de 7 membres : Alix CINEAS, Williams REGALA, Henry NAMPHY, Max VALLES, Gerard GOURGUE et de Prosper AVRIL. Il n’a passé qu’un mois 7 jours au pouvoir.
- Le sixième gouvernement collégial est celui de Williams REGALA, Henry NAMPHY et Jacques A. FRANCOIS. Il n’a passé qu’un an et 8 jours au pouvoir soit le 21 mars 1986 au 13 avril 1987
- Le septième gouvernement collégial est celui du 18 avril 1987 au 7 février 1988. Il était composé de Williams REGALA, Henry NAMPHY et LUC B. HECTOR. Il n’a duré que 9 mois et 11 jours au pouvoir.
Si vous regardez bien, vous allez constater que tous ces gouvernements collégiaux ont un dénominateur commun : leur précarité et ils ont été tous l’œuvre de l’armée. A quelques exceptions près, il s’agissait des coups d’état de l’armée qui avait géré le pouvoir selon l’ordre hiérarchique qui caractérisait cette institution. D’ailleurs, ils n’avaient pas fait pas long feu et n’avaient rien apporté au développement du pays. Ceci montre que nous n’avons pas cette pratique dans la gestion du pouvoir politique en Haïti. S’engager sur cette voie, c’est vouloir prendre un gros risque avec un pays déjà fragilisé. Cela ne va pas marcher.
Faisons quelques considérations en ce concerne la gestion du pouvoir après le départ d’un gouvernement.
Les constitutions de 1946, 1950, 1957, 1964, 1964 amendée le 14 janvier 1971 et celle de 1983 n’avaient pas prévu de mécanisme de gestion de pouvoir à la chute d’un président ou d’un régime qui n’avait pas su transmettre démocratiquement le pouvoir. C’était un sujet tabou que personne n’oserait aborder, car celui qui détient le pouvoir n’avait nulle intention de le rendre normalement, démocratiquement, librement. Il faut trouver tous les moyens possibles de le garder et parfois à vie et l’arme le plus souvent utilisée, c’était un amendement ou une tentative d’amendement forcé de la constitution. C’est ce qui explique qu’ils avaient souvent été chassés du pouvoir d’une manière ou d’une autre.
Cependant, après l’adoption de la Constitution de 1987 par le peuple haïtien par voie référendaire le 29 mars 1987 et sa publication dans le journal officiel : le Moniteur le 28 avril 1987, les données ont changé car cette constitution a prévu un mécanisme de gestion et de transmission de pouvoir après la fin d’un régime qui n’a pas su transmettre le pouvoir démocratiquement. Des politiciens véreux qui ont exercé le pouvoir durant les dernières décennies ont tenté de torpiller ce mécanisme par une sorte d’amendement de la Constitution pour la ramener à leur dimension, leur vision politicienne mesquine de gérer le pays. Fort heureusement, cette sorte de révision n’a pas tenu, la Constitution 1987 reste debout et s’impose à tous.
Revenons au cas qui concerne en ce moment.
A la suite de la mort du président Jovenel MOISE, qui avait lui-même violé la constitution pour n’avoir pas transmis le pouvoir le 7 février 2021, le Dr Ariel HENRY a été tweeté au pouvoir. Sa principale mission était de réaliser des élections en 90 jours pour le remettre démocratiquement, mais par des voies sablonneuses, tortueuses, détournées entre petits coquins, il a gardé le pouvoir pour près de 3 ans sans rien faire pour le pays et le peuple qui souffre. Des manifestations par -ci et par -la ont été organisées pour le forcer à démettre, mais en vain. A la suite d’un voyage pour recevoir des instructions de ses maitres, un mouvement dit ‘’DDN’’ « Deyo deyo net » l’a forcé à rester ailleurs et à regarder Haïti de loin, comme cela a été le cas des autres. Maintenant, comment gérer le pays ?
On avait pensé qu’il était facile de retourner à la Constitution, choisir un juge à la Cour de Cassation, nommer un Premier Ministre de consensus en attendant d’organiser des élections pour remettre le pays à un gouvernement démocratiquement élu. Grande est la surprise de voir ces maitres-politiciens se laisser entrainer par des quidams qui n’ont aucune notion des lois haïtiennes pour s’enliser dans le sable mouvant d’un gouvernement collégial qui n’est ni institutionnel, ni constitutionnel ni démocratique et qui se révèle déjà sans issue. Ne s’agit-il pas là d’une stratégie pour faire perdurer une crise qui a tant fait souffrir ? Faisons quelques considérations à partir de quelques commentaires émis.
Certains disent que nous sommes dans une situation exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles ? La première question à se poser : quelle est cette situation exceptionnelle ? Un premier ministre qui a violé la loi, qui n’a pas organisé les élections à temps pour remettre le pouvoir. Eh bien, la solution est simple, on retourne à la loi, on rétablit la Constitution dans ses droits tout en faisant les adaptations nécessaires. Ou est l’exceptionnalité dans tout cela ? Si vous n’êtes plus dans la Constitution, pourquoi vouloir avoir un Premier Ministre ? Pourquoi rejeter le président et garder le premier ministre ? Sur quelle base ? Seule la constitution de 1987 vous donne droit d’avoir un premier Ministre. Dans le cas qui nous concerne, sur quelle base vous proposez un collège présidentiel ? l’avez -vous déjà expérimenté ? Quels résultats cela a donnés ? Un conseil présidentiel est illégitime, illégal, anticonstitutionnel, illogique, irrationnel et antiinstitutionnel et sera budgétivore. Sous l’empire de quelle loi va travailler cette présidence collégiale ? sur quelle base on a choisi cinq membres ? Pourquoi pas 7 ? pourquoi pas 9 ? Pourquoi pas 3 ? C’est très fantaisiste ? Sur quelle base vous allez choisir tel ou tel conseiller ? tel ou tel secteur pour proposer un conseiller ? Quels sont ces droits ? Qu’arrivera-t-il si chaque groupement ou parti réclame son droit d’envoyer ou de proposer un conseiller ? Mesdames/ Messieurs, qu’est -ce que vous faites là du pays ? qui vous a donnés mandat pour décider de cette manière ? Etes-vous les seuls haïtiens qui soient, et après vous c’est le néant ? On pourrait poser de questions à n’en plus finir ?
Et vous, membres de la CARICOM, de la Communauté dite internationale, merci de vouloir nous aider. Malheureusement, vous êtes en train de nous fourvoyer. Quelle incongruence de votre part ? Dans un premier temps, vous aviez dit pas de président au Palais National sans les élections au mépris de notre constitution et de nos lois. Maintenant, vous prenez l’autre extrême en nous offrant cinq. Qui vous a conseillé cette voie ? Ces rendus ? Y-a-t-il un autre pays qui soit autant pris en charge par vous de cette même manière ? Cela fait longtemps depuis que vous nous prenez en charge, vous décidez pour nous politiquement, économiquement ; vous formez nos policiers, nous juges, et voilà que notre situation est devenue pire. Voici aujourd’hui nous sommes en train de nous entretuer. Nous vous en supplions, laissez-nous le temps de nous prendre en charge. Nous promettons de faire appel à vous en temps et lieux. Rendez- nous notre conscience, notre souveraineté. Faites-nous cette faveur, laissez nous nous occuper de nous-mêmes. Merci beaucoup pour les services rendus.
Rigolons un peu.
Mesdames/Messieurs les décideurs, vous qui allez engager cinq Conseillers, comment cela va se passer ? Comment vont-ils décider par consensus ou par vote ? Ils vont avoir chacun son cabinet ? son cortège ? chacun va-t-il décider de son propre chef ou doit -il être approuvé par un autre ? Qu’adviendra-t-il si un conseiller démissionne, le conseil sera-t-il donc caduc ou non ? Ou va-t-il être remplacé ? Les règlements de travail de ce conseil, pour avoir force de loi, vont-ils être publiés dans le Moniteur ? Et, si deux conseillers démissionnent ? Un pays appauvri avec un Conseil de cinq présidents ? Etes-vous rationnels ? Mesdames, messieurs ne pensez-vous pas que vous seriez beaucoup plus utiles dans un poste ministériel ? Cessons de grimacer. Qui sera le premier président ? le deuxième ? le troisième ? le quatrième et le cinquième ? Un pays a cinq présidents ? Chalmas ? La présidentité : La fièvre qui nous tue. Tracas pour la république.
Histoire de nos Mairies
Un exemple typique pour nous convaincre que la collégialité en matière de gestion de pouvoir politique en Haïti ne va pas marcher, ce sont nos collectivités territoriales. Ce modèle de gestion avec les mairies n’a pas donné le résultat escompté. Il y a toujours des conflits, des tensions, des démissions. Parfois, c’est le Maire principal qui gère seul ou s’impose par son autorité ou son charisme aux autres, ou deux s’entendent contre un ou vice versa. Généralement, cela se termine par une décision du ministère qui a renvoyé le conseil.
Chers compatriotes, tous ces questionnements posent le problème d’un malaise, d’un mal profond qui annonce l’épisode d’une crise beaucoup plus douloureuse que celle que nous sommes en train de vivre maintenant : l’éclatement de ce qui nous aurait resté de notre société. Cependant, tout n’est pas perdu, il n’est encore trop tard. On peut revenir à la raison. Avec un peu de logique, de patriotisme, on peut revenir à la voie simple, normale, logique, institutionnelle, constitutionnelle jurisprudentielle en choisissant un juge à la Cour de cassation régulièrement nommé et dont le parcours n’est sujet à caution comme président provisoire et en nommant par voie consensuelle un premier Ministre pour diriger l’équipe gouvernementale avec une feuille de route bien ficelée pour sortir le pays de l’impasse.
Vive Haïti ! Vive une solution rationnelle à la crise ! Vive le retour à la Constitution prôné par la Résolution du Congrès National Ouanaminthe pour la nouvelle Haïti.

Rev Pasteur Destine Saint Pierre
Citoyen engagé.
(509) 36258049/ 32533720

