MANIFESTE POUR UN ÉTAT NOURRI DE SES FORCES VITALES : LA PROPOSITION DU LAKOU

Introduction : Le diagnostic de l’État captif
Aujourd’hui, l’État haïtien se trouve pris au piège. À la fois otage des réseaux de corruption, de l’insécurité et des influences imposées de l’extérieur, il est devenu un fantôme invisible pour la population. Pourtant, dans notre détresse, nous ne cessons de réclamer de lui la sécurité, la subsistance et la justice. Face à ces cris, l’État réagit trop souvent avec l’ego rigide d’un pouvoir patriarcal traditionnel : un mutisme macho qui feint la force pour masquer sa paralysie et refuse d’avouer sa vulnérabilité.
Ce dysfonctionnement a brisé le contrat social. Pour sauver la patrie, l’État doit abandonner cette armure stérile. Il doit reconnaître qu’il est incomplet et qu’il a un besoin vital de ses forces citoyennes, morales et spirituelles comme compagnons de route.
Nous proposons une refondation nationale reposant sur l’alliance de trois forces complémentaires, capables de contraindre l’État à marcher droit et de donner naissance à Leta Lakou.


- La Diaspora : La force sous-jacente de contrainte et de compétence
La diaspora haïtienne ne doit plus être réduite à un simple guichet automatique maintenant le pays sous perfusion. Elle est une composante majeure de la société civile, libre de ses mouvements et financièrement indépendante.
- Le levier économique : Nous proposons que la diaspora devienne une force sous-jacente qui conditionne son appui économique à des exigences de transparence, d’audit et de rigueur institutionnelle.
- Le levier des compétences : Nous exigeons l’intégration politique réelle de nos compatriotes de l’extérieur, afin que leurs expertises techniques (sécurité, justice, économie) viennent combler le vide de nos institutions et insuffler la rationalité nécessaire à la gestion publique.
- Le Bloc Œcuménique : Le gardien moral de la transition
À l’image du mouvement historique des Ti Kominote Legliz (TKL) des années 1980 et 1990, la nation a besoin d’une boussole éthique pour maintenir le pouvoir sur la bonne voie.
- L’unité spirituelle : Nous appelons le secteur œcuménique (Catholiques, Protestants, Épiscopaux, Vodouisants) à faire bloc au-delà des divisions dogmatiques.
- Le contre-pouvoir moral : Ce bloc doit se dresser de manière parallèle à l’État pour porter la voix des sans-voix, fixer des lignes rouges éthiques infranchissables contre l’impunité et contraindre les dirigeants à travailler pour le bien commun et la dignité humaine.
- Leta Lakou : La force mystique contre le fléau de la corruption
On ne guérira pas la corruption — qu’elle soit interne ou influencée par l’extérieur — avec des concepts importés. Nous devons convoquer l’énergie de 1804 et réancrer la gouvernance dans notre propre matrice culturelle.
- La justice de l’invisible : Nous prônons la réintroduction de la notion de châtiment sacré et moral. Voler l’État, c’est commettre un sacrilège contre la terre, les ancêtres et la communauté. La peur sacrée du retour de bâton mystique doit redevenir un garde-fou supérieur aux codes pénaux corrompus.
- La transparence du Lakou : Nous proposons de substituer à l’État technocratique et isolé le modèle décentralisé du Lakou. L’autorité doit s’exercer sous le regard direct de la communauté, des aînés et des gardiens spirituels, garantissant une transparence absolue et une solidarité organique.
Conclusion : L’appel à la réconciliation des pôles
L’État haïtien est androgyne par nature. S’il doit préserver sa fonction masculine d’instance régulatrice et de maintien de l’ordre, il doit urgemment assumer sa part féminine : celle du soin, de l’écoute et de la résilience.
En associant la pression de la diaspora, la guidance du bloc œcuménique et la puissance mystique de Leta Lakou, nous briserons les chaînes de l’État otage. C’est ainsi, et seulement ainsi, que nous rebâtirons une nation souveraine, digne et juste.
Pour Haïti, par les Haïtiens, sous le regard des Ancêtres.
ROBERTO DEJEAN AKA BWA PIWO
