Ottawa promet 60 millions de dollars à Haïti, sous réserve d’un accord onusien contre les gangs

Le Canada s’est engagé à verser 60 millions de dollars pour appuyer les efforts internationaux visant à rétablir la sécurité en Haïti, en proie à une crise multidimensionnelle alimentée par la violence des gangs armés. Une part substantielle de ce financement reste toutefois conditionnée à l’approbation, par le Conseil de sécurité de l’ONU, d’un plan américain visant à transformer l’actuelle mission policière en une « force de répression des gangs » d’envergure.
« Nous devons œuvrer collectivement pour la paix et la sécurité régionales », a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, mardi à New York, lors d’une réunion qu’elle coorganisait avec son homologue haïtien en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

Une mission renforcée envisagée
Depuis juin 2024, le Kenya dirige une mission soutenue par l’ONU afin de renforcer les capacités de la police haïtienne. Mais celle-ci peine à atteindre ses objectifs : seuls 40 % des 2 500 agents prévus ont été déployés, selon le président kényan William Ruto. Face à ce constat, Washington pousse pour une refonte de l’opération en une mission beaucoup plus étoffée, mieux financée et dotée d’un mandat élargi, rapporte la presse canadienne.
Mme Anand a indiqué que le Canada se disait prêt à investir 40 millions de dollars supplémentaires dans cette mission si elle était adoptée par l’ONU. À cela s’ajouteraient 20 millions destinés à la sécurité maritime dans les Caraïbes, afin de lutter contre le trafic d’armes et de stupéfiants, principaux vecteurs de la crise haïtienne.
Le Canada a déjà engagé 80 millions de dollars dans la mission actuelle, principalement pour coordonner l’aide internationale, assurer la formation et renforcer la surveillance.
Conditions politiques et inquiétudes internes
Ottawa insiste toutefois sur la nécessité de progrès concrets de la part du gouvernement de transition haïtien, notamment l’organisation d’élections crédibles et la mise en œuvre de réformes économiques favorisant la concurrence. Faute de telles avancées, prévient Mme Anand, l’appui international pourrait s’effriter.
À Ottawa, la perspective d’un engagement militaire canadien direct alimente le débat parlementaire. Devant la commission des affaires étrangères, Mark Richardson, haut responsable d’Affaires mondiales Canada, a estimé qu’il était « trop tôt » pour évoquer l’envoi de troupes canadiennes en Haïti.
Des élus ont également soulevé la question du détournement éventuel de l’aide. Le député conservateur Shuvaloy Majumdar a exprimé ses craintes de voir les gangs et leurs soutiens dans l’élite économique profiter de l’assistance internationale. Ian Myles, directeur exécutif de la division Haïti, a assuré qu’aucun cas de détournement de fonds canadiens n’avait été constaté depuis 2022.
Le problème de l’afflux d’armes américaines vers la Caraïbe a aussi été mis en avant. Le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe a exhorté Ottawa à faire pression sur Washington pour enrayer ce commerce illégal, soulignant qu’il alimente directement la violence en Haïti.
Une crise humanitaire exacerbée
Selon la ministre Anand, une mission de sécurité renforcée est indispensable non seulement pour contrer les gangs mais aussi pour rouvrir les écoles, endiguer la crise alimentaire et rétablir une certaine stabilité.
« Alors que la résolution propose de quintupler la taille, le financement et l’équipement de la mission, leurs besoins seront plus importants que jamais », a-t-elle souligné.
La situation demeure dramatique : les gangs contrôlent une grande partie du territoire, provoquant des déplacements massifs, des pénuries alimentaires et une vague de violences extrêmes, parfois diffusées en direct sur les réseaux sociaux, comme l’a rappelé avec inquiétude le député libéral Ahmed Hussen.
Le Canada, deuxième contributeur financier de la mission kényane, affirme sa volonté de jouer un rôle de premier plan, tout en appelant d’autres partenaires internationaux à accroître leur soutien pour éviter que la spirale de la violence ne condamne toute perspective de rétablissement durable en Haïti.
JJJ / FcnHaïti
