Neuf sénateurs américains appellent Marco Rubio et Kristi Noem à faire lumière sur la société militaire privée américaine en Haïti

Neuf sénateurs américains ont signé, le 24 juillet 2025, une lettre adressée à Marco Rubio, secrétaire d’État, et à Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure, dans laquelle ils soulèvent de vives inquiétudes concernant l’implication d’une société militaire privée américaine en Haïti. Cet appel à la responsabilité met en lumière un contrat potentiellement controversé liant le gouvernement américain à une entreprise dirigée par Erik Prince, le fondateur de Blackwater Worldwide, dont la réputation a déjà été entachée par des révélations sur des exactions commises par ses employés en Irak.
Les préoccupations des parlementaires se concentrent sur le fait que cette société serait engagée dans des opérations armées, soutenues par le gouvernement, dans la lutte contre les gangs armés à Port-au-Prince. Selon les éléments rapportés par le New York Times, cette entreprise fournirait des drones armés, des armements et près de 150 mercenaires américains. Les sénateurs soulignent que ces activités pourraient sévèrement entraver la légitimité et l’efficacité de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS), qui a reçu l’aval de l’ONU et qui est soutenue par les États-Unis.
Erik Prince, dont le passé est marqué par l’affaire tragique de la tuerie de 17 civils irakiens à Bagdad en 2007, est au centre des récriminations. Les sénateurs mettent en avant les dangers posés par l’opération d’acteurs privés non régulés dans des zones de conflit, redoutant une répétition de ces événements tragiques en Haïti.
La lettre des sénateurs évoque également de possibles violations de l’Arms Export Control Act (AECA) et du règlement ITAR, qui régissent strictement toute exportation de matériel de défense sans autorisation préalable du Département d’État. Elle rappelle qu’en mars 2025, l’administration Trump avait annulé la politique de transfert d’armes mise en place sous Biden, en relançant la doctrine de 2018 qui visait à prévenir les transferts d’armement susceptibles de menacer la paix mondiale ou de favoriser des violations des droits humains. Les parlementaires s’interrogent sur la compatibilité des licences éventuellement accordées avec les préoccupations relatives aux droits humains stipulées dans les critères de cette doctrine.
Un autre point soulevé concerne la Leahy Law, qui interdit aux États-Unis de fournir une assistance à des forces de sécurité étrangères impliquées dans des violations des droits humains. Bien qu’elle ne s’applique pas directement aux sociétés militaires privées, elle vise les forces de sécurité étrangères qui collaborent avec elles, rappelant que la Police Nationale d’Haïti, bénéficiaire d’une assistance américaine, a un historique documenté de violations graves.
De plus, les sénateurs soulignent l’incohérence des décisions récentes de l’administration Trump concernant Haïti, qui ont mis fin au Statut de Protection Temporaire (TPS) tout en stipulant que Haïti n’est pas un pays sûr pour ses ressortissants. Ils jugent ces incohérences profondément contradictoires et appellent à des éclaircissements.
Face à ces préoccupations grandissantes, les sénateurs exigent des réponses précises concernant les licences d’exportation, l’évaluation des droits humains, ainsi que l’impact potentiel des opérations militaires privées sur la mission de l’ONU. D’autres questions interrogent le suivi de la Police nationale d’Haïti sous la Leahy Law et la justification sécuritaire de la politique de voyage relative à Haïti.
Les sénateurs attendent des réponses avant le 15 août 2025, alors que le climat sécuritaire et politique d’Haïti continue de soulever des interrogations tant au niveau local qu’international. À l’approche de cette date, l’attention se porte sur la transparence et la responsabilité des décisions qui affectent à la fois les conditions de vie des Haïtiens et la posture américaine dans ce pays en crise.
JJJ / FcnHaïti
