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Mon Intime Conviction : Carnage à Canaan ou le massacre du désespoir, et de la déception

Aux familles des victimes de ce drame

Vivre libre ou mourir! C’était le créneau de la grande foule qui déambula vers Canaan, ce samedi matin. Sous les regards anxieux des témoins curieux de savoir comment ça va finir, une bande d’agneaux immolés marcha avec la prétention d’aller libérer Canaan, ce bidonville, enfant chéri de goudougoudou en 2010, de l’emprise des bandits qui y font la loi. Manifestation de folie, d’inconscience ou cri d’alarme d’un peuple abandonné et désespéré?

Ils furent emmenés par un mécréant qui se fait appeler pasteur, pour la satisfaction de sa mégalomanie et sa cupidité, car l’église se comporte encore malheureusement comme une assemblée d’abrutis, qui périssent non seulement par faute de connaissance, mais aussi par faute de complaisance dans leur errance. Le soi-disant prophète du dieu buveur de sang de l’occident n’eut même pas daigné distribuer des petits sacs d’eaux en plastiques à ses fidèles serviteurs prêts à le suivre jusqu’aux portes de l’enfer, comme des zombis.

À peine quelques kilomètres de marche, ils étaient tous fatigués, vaincus avant même d’atteindre la destination finale et de livrer bataille. La mort pour salut, dirait mon ami Rafo, ils longèrent la route de Clercine comme des boucs d’Azazel vers le lieu du grand sacrifice. De Carradeux à Bon repos, ils ont épargnés d’autres territoires occupés par des gangs; l’obstination était Canaan; pourquoi cette fixation? Et qui cela arrangerait réellement?

Armés de toute sorte d’armes blanches, mais surtout de toutes leurs souffrances, leurs déceptions et leurs frustrations, ils répétèrent des slogans qui résonnèrent comme des chants d’adieu; une mélodie funèbre! Leurs visages crispés et décarrés, leurs corps brisés et l’âme abattue par le mépris des uns et des autres de l’État, chaque pas vers le but visé fut pour eux un pas vers l’idéal de la mort: le repos ultime que seul Thanatos pouvait leur procurer.

Ils n’ont pas été dissuadés par les agents de l’ordre. La police a pour habitude de détourner toutes manifestations dont l’objectif est de dénoncer la vie chère, la corruption, les injustices et dont les destinations étaient la primature, la résidence officielle du premier ministre, le palais national, les symboles du système établi, ceux de l’ONU et des ambassades du CORE Group… bref tout mouvement populaire pointant du doigt l’irresponsabilité de l’établissement et exigeant un repartimiento pour un état de bien-être dans le pays. «Pas la peine de les dissuader s’ils dirigent déjà vers la mort certaine. Quelques dizaines de cadavres de plus ne vont rien déranger le système, de toute façon nous voulions qu’ils soient exterminés, murmuraient en secret ceux qui devraient donner l’ordre de stopper cette manifestation.

Pourquoi la mort pour salut?
Ces gens sont victimes depuis plusieurs années d’enlèvements, de viols, de vols et toute sorte d’actes inhumains. Ils ont été chassés de leur demeure et pourchassés par les bandits partout où ils trouvent refuge. Fatigués de cette vie d’enfer, d’être toujours bafoués par des politiciens, affronter désespérément les gangs ce n’était pas acte de folie mais un dernier ébat avant le trépas. Après tout, le pays en transformé en abattoir; pourquoi attendre la mort, dans la faim, la crasse; sous la pluie et le soleil incendier des places publiques? Bref dans la déshumanisation. Ce samedi 26 aout ils ont marché courageusement à la rencontre des balles assassines des petits protégés du gouvernement, de quelques politiciens véreux, des ODH et de la communauté internationale.

Le carnage de Canaan ne doit-être non plus perçu comme un message de détresse de la population. Il doit servir de catalyseur d’ondes aux révoltes organisées et généralisées dans tout le pays. L’esprit de ceux qui ont traversé ce jour-là et toutes les autres victimes l’insécurité vont revenir pour nous inspirer un vrai «Bwa Kalé» constitué en un véritable mouvement d’assainissement sociopolitique économique et culturel. Ils vont revenir avec beaucoup plus d’énergies positives pour combattre à nos côtés.

En ouvrant le feu sur ces malheureux, ces désespérés à Canaan, les criminels n’ont fait qu’assassiner le désespoir et le découragement qui s’emparaient du peuple et le mettait à genoux. Ce n’est pas un crime gratuit de plus, mais un sacrifice ultime pour la régénérescence de cette terre.
Mon Intime Conviction!

Remerciement spécial à MA, la petite fleur de mon jardin, pour les commentaires et les corrections nécessaires.

Jean Mapou
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