Editorial

Le papier de Jean Mapou: Ad Gladium sine Missione

Par Jean Junior JOSEPH

Je sais déjà que vous allez me clouer au pilorie pour cette absence trop longtemps durée. Mais sans vouloir me plaindre, je ne suis pas encore sorti de l’auberge, l’arène de la vie m’est toujours sans pitié.

Le papier de Jean Mapou: Ad Gladium sine Missione

Notre vie dans ce petit coin de terre, c’est un peu comme dans la Rome antique, ceux qui ont eu le malheur de ne pas faire partie de la domination, soit en tant que membre du club ou comme collaborateur, vont se retrouver dans l’arène, condamnés à arroser le sable chaud de leur sang d’esclave. Les plus mécréants étaient passés au crucifix pour faire passer le massage qu’il ne faut pas se dresser sur le chemin de la République.

La vie des gladiateurs ne représentait qu’une source d’amusement pour les romains. Ils devaient satisfaire leur bas instinct et leur faire atteindre leur orgasme dans le plaisir du sang de leur semblable. La délectation romaine fut sans pitié.

Aujourd’hui plus de Rome, plus de gladiateurs, mieux je vous en parle d’Haïti étant et pourtant j’ai l’impression d’être dans une arène en train de me battre pour rester debout sous le sable chaud assoiffé du sang des plus faibles comme au temps de Jules César.

Ad gladium sine missione! C’est ce que disaient les maitres romains prononçant la sentence des condamnés à mort. Sauf qu’à Port-au-Prince comme dans les provinces les glaives sont remplacés par des armes automatiques versant sine missione le sang d’honnêtes gens sans défense. Dans les milieux défavorises, c’est la misère, la faim, la crasse et tout ce qui va avec qui tranche les entrailles des pauvres citoyens, un peuple laissé pour mort, sans école, sans université, sans services sociaux de base, sans loisir, face à au mépris de l’État et des membres du club «des maitres du monde».

Aujourd’hui les bouchés se sont déchainés tirant sur tout ce qui bouge, sauf qu’il n’y a plus d’Anibal ni de Spartacus pour faire trembler les bourreaux.

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