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La Chronique de Jean MAPOU Par Jean Junior JOSEPH : Si seulement les morts avaient des pouvoirs

La Chronique de Jean MAPOU
Par Jean Junior JOSEPH
Si seulement les morts avaient des pouvoirs

Comme le temps passe vite! Onze années viennent d’écouler sans que nous n’en apercevions. Justement nous n’avons rien aperçu, comment l’aurions nous fait s’il n’y avait pas mieux à faire que de faire ce que nous avons toujours fait? Nous mentir à nous même!

Au lendemain du séisme dévastateur dans lequel 300.000 personnes ont péri, causé plusieurs centaines d’estropiés, d’orphelins et de sans-abris, nombreux furent ceux qui s’étaient manifestés pour aider, mais ce qui fut étonnant était l’énergie mobilisée et l’élan positif de nos compatriotes à aller de l’avant cote à cote.

En onze années nous avons vécu aux côtés des fantômes du tremblement de terre du 12 janvier 2010, perdu le sens de ce qui est censé, le goût de ce qui gout. Pire encore nous avons laissé volatiliser toutes ces énergies qui ne demandaient qu’à être canalisées.

À chaque 12 janvier nous sommes allés à Saint-Christophe pour cracher sur la mémoire des victimes de ce séisme. Ces gens-là comme les a nommé René Préval, furent morts dans l’exercice de leur fonction. Et quelle est leur fonction? En tout cas la plus vitale c’était de se demener chaque jour pour subvenir à leur besoin et payer qu’ils le veuillent ou non leur taxe afin que les gouvernants puissent se la couler douce.

Le sang de ces centaines de milliers de braves hommes et femmes n’ont pas servi d’engrais à enrichir notre sol, leur vie de dure labeur n’ont d’ailleurs pas inspiré leur congénère. Les défunts du goudougoudou ont vécu sans hôpitaux, sans accès à l’eau potable, dans la promiscuité d’un environnement malsain et insalubre, sans sécurité de toute sorte et j’en passe, car vous qui me lisez en cet instant c’est aussi votre réalité.

Pour ceux qui ont survécu, ont passé ces onze années dans les conditions. Ces «gens-là» comme les nomma avec condescendance, René Préval: orphelins, veufs, veuves, estropiés, sans-abris se démènent encore dans les eaux puantes de la saline, sous les feux des bandits du bas de la ville. Avec leurs instruments archaïques, perdus dans les champs et les savanes érodés, ces gens-là ont toujours porté La Croix des autres. Comme leurs chers disparus l’étaient, ils sont encore de fiers résilients qui n’embêtent guère l’État. Leur seul gouvernement est leurs tréteaux, leurs jour fériés sont ceux les marchés ne s’ouvrent pas.

Pourquoi, tous les ans à la même dâte, on vient cracher sur les cadavres de leurs proches péris dans le séisme du 12 janvier? Alors qu’on pouvait honorer leur mémoire en protégeant ceux qu’ils ont laissé derrière eux et ce qu’ils ont légué en héritage à des générations de leur semblable: L’énergie qui a jailli au lendemain du tremblement de terre.

Mais au bout de onze ans, Haïti n’a pas encore atteint la case départ. Le pays est encore si fragile mais si inconscient de sa situation. Nous ne savons que faire de notre emploi du temps. Quel dommage les morts n’ont pas de pouvoirs pour faire taire les hypocrites qui disent célébrer la vie de ceux qui sont partis dans le séisme en méprisant la vie des rescapés.

Si seulement les morts avaient le pouvoir de cracher au visage de ceux qui déposaient des gerbes de fleurs au parc Saint-Christophe, de leur gifler, ces soi-disant hommes et femmes d’État corrompus, ces ambassadeurs de ces pays qui ont participé à la mobilisation de l’aide et dilapidé en suite les fonds du CIRH, ces expatriés qui ont dépensé le budget de l’aide dans les hôtels de luxes et profite de nos filles, tous ces traitres comprendraient peut-être qu’il ne fallait pas jouer avec Haïti…

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