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Jean-Rabel, 38 ans après: Rien n’a changé… excepté des visages et des noms

Mon Intime Conviction

Trente-huit ans. Une génération entière. Et pourtant, c’est comme si rien n’avait changé. En cette période d’anniversaire du massacre de Jean-Rabel, c’est pénible de constater que les mêmes forces qui ont armé la main des tueurs en 1987 contrôlent toujours les leviers de l’injustice, de l’impunité et de la pauvreté dans notre pays.

Jean-Rabel ne fut pas une bavure isolée. Ce fut un massacre programmé, exécuté froidement contre des paysans organisés qui réclamaient le droit de vivre sur leur propre terre. Leur sang a coulé pour nourrir l’impunité qui demeure aujourd’hui.

Jean-Rabel, 38 ans après: Rien n'a changé… excepté des visages et des noms

Ce 23 juillet 1987, les grands propriétaires ont envoyé leurs hommes de main tuer, et l’État s’est tout simplement tu. Résultat: 139 morts selon les chiffres qu’on a choisi de publier, des centaines de blessés, des familles détruites avec un lourd héritage de soif de justice. Le pire: aucun procès, aucune condamnation, aucune réparation.

Le silence de la justice haïtienne depuis lors n’est pas seulement un échec judiciaire, c’est une complicité historique fans un crime contre l’humanité.

2025: le paysan abandonné chassé de sa demeure et l’État social n’existe toujours pas

Aujourd’hui encore, les petits paysans sont abandonnés à leur sort. Chassés par la violence, étranglés par la misère, marginalisés dans les politiques publiques, ils survivent dans un pays qui se veut démocratique mais qui perpétue les vieilles habitudes de concentration des terres, de dépendance et d’exploitation.

La paysannerie haïtienne ne demande ni charité ni pitié. Elle réclame ce qui lui revient de droit: la terre, la justice, la dignité. Ce sont les mêmes mots d’ordre qu’en 1987. Et c’est bien là le drame: l’histoire tourne en boucle.

Tout comme en 2025, ce n’est plus les Poitevien ni les Lucas, mais Viv Ansanm. Le massacre reprend ses droits dans nos vies sous diverses formes: à la saline, martissan, cité soleil, solino, Kenscoff, Mirebalais et dans l’Artibonite. Encore sous le silence complice de l’État et des élites criminelles et irresponsables.

Rien n’a jamais changé

Ce qui s’est passé à Jean-Rabel n’était pas une simple tragédie, c’était un message politique clair envoyé à tous ceux qui osent s’organiser. Et ce message continue aujourd’hui sous d’autres formes: l’institutionnalisation des bandes armées (fondations, fédération de gangs et parti politique Viv Ansanm), l’intimidation, la criminalisation des luttes sociales, la précarité organisée.

Nous n’avons jamais eu de réforme agraire sérieuse. Nous n’avons jamais rééquilibrer les rapports sociaux en essayant de mettre fin au pouvoir des grands propriétaires. Nous avons laissé l’impunité devenir une règle. Et pendant ce temps, ceux qui survivent au massacre vivent dans la peur, la faim et l’abandon.

Préserver la mémoire pour résister

Il ne s’agit pas de commémorer Jean-Rabel par devoir de mémoire seulement. Il s’agit de faire de cette mémoire un levier de transformation. Si nous oublions, nous répétons. Si nous nous taisons, nous acceptons.

À quoi bon parler de démocratie si la majorité du peuple, surtout celle qui vit de la terre, n’a ni voix, ni pouvoir, ni sécurité?

Aujourd’hui, 38 ans plus tard, la vraie question est celle-ci :
Sommes-nous prêts, enfin, à écouter la voix des paysans? Ou allons-nous continuer à cracher sur leurs cadavres, en recyclant l’impunité?

Jean-Rabel ne doit pas mourir une deuxième fois dans notre silence. Haïti aura survécu et s’en sortira un jour, pas très loin. Mais encore faut-il dès maintenant agir pour rompre le cycle de l’injustice et briser la chaîne de l’impunité.

Ce ne sont pas les visages et les noms, c’est le paradigme qu’il nous faut changer.

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