
Publié le 20 décembre 2023
D’entrée de jeu, il est important de souligner que la politique étrangère d’un Etat s’exprime à travers deux outils indissociable, comme le Ying et le Yang. La Diplomatie, symbole de la confiance et la Stratégie, en d’autre terme l’armée, symbole de la méfiance. Bien qu’il semble être contraire, les deux se complètent et se retrouve l’une dans l’autre. La politique étrangère d’un Etat est aussi le reflet de sa politique interne, et celle-ci est, selon James Rosenau : « la ligne d’action que les responsables officielles d’une société nationale suivent pour se présenter ou modifier une situation dans le système international afin qu’elle soit compatible avec les objectifs définis par eux-mêmes ou leurs prédécesseurs. Toutefois, il faut aussi mentionner que certains auteurs relatent que la politique étrangère des Etats n’est pas déterminée par leurs intérêts matériels objectifs, mais par les valeurs idéologiques et culturelles des gouvernements et des divers groupes sociaux. Par ailleurs, si on met l’accent sur la conduite d’Haïti depuis plus d’une cinquantaines d’années sur la scène internationale, on pourrait se demander non seulement, quels sont les objectifs ainsi que les valeurs idéologiques et culturelles qui motivent ses prises de positions et décisions dans la vie internationale ? Ou du moins, ses actions, sont-elles cohérentes à la vision globale du monde des pères fondateurs de la République d’Haïti ?
Il va falloir qu’on remonte très loin dans l’histoire d’Haïti, soit en 1804 plus précisément, pour parler de vision globale du monde de cette dernière : « Un monde libre, anti esclavagiste, anti raciste et anti ségrégationnistes ». Cette vision a été la base de la grande révolution qui a conduit à la naissance de la première république noire dans le monde, le premier Etat indépendant qui a banni l’esclavage sur son territoire et fait de son territoire un refuge pour tous les esclaves voulant fuir l’oppression des colons esclavagistes. Contrairement à l’idée d’expansionniste rependue sur Jean Jacques Dessalines et d’autres autorités haïtiennes de l’époque, cette vision a été aussi la base de la mobilisation de Jean Jacques Dessalines dans la partie Est le 6 février 1805, suite à la décision de rétablir l’esclavage par un décret du général Ferrand le 6 janvier 1805, autorisant les habitants de Santo Domingo espagnole à faire des incursions en Haïti pour capturer des enfants jusqu’à l’âge de 14 ans pour les réduire en esclavage. Dans cette même période Dessalines a également envoyé une délégation en Martinique et en Guadeloupe pour monter une insurrection et a aussi aidé tant, en argents, en hommes et en armes Francisco De Miranda pour la lutte de l’indépendance des colonies en Amérique du sud, une initiative que le président Alexandre Pétion va reprendre plus tard avec Simon Bolivar en entre Décembre 1815 à Avril 1816. Se présentant comme tel, malgré l’isolement imposé par les puissances colonialistes de l’époque, Haïti a modifié le système international et devient leader du mouvement de libération anti colonialiste et anti esclavagiste dans le monde.
S’il est vrai que dans le temps les lignes d’action d’Haïti concordaient à sa vision globale du monde. Aujourd’hui, compte ténue de sa conduite sur la scène internationale on se demande si cette vision tient toujours, ou du moins si elle a des lignes d’action, tiennent-elles toujours compte de la vision d’avant ou du moins si elle en a une tout simplement ? La solidarité aux opprimés a toujours été une valeur indéniable à la posture d’Haïti sur la scène internationale, on peut citer à titre d’exemple l’intervention d’Haïti au sein de la Société des Nations contre l’agression de l’Italie sur l’Ethiopie en octobre 1935, le discours D’Emile Saint Lot en faveur de l’indépendance de la Lybie le 9 Décembre 1948, son vote pour faire d’Israël un Etat, et bien d’autre intervention pour l’indépendance de nombreuses colonies africaines dans les années cinquante (50). Cependant, contre toute attente, le 28 Janvier 1962 Haïti a voté pour expulser Cuba dans l’Organisation des Etats Américaines (OEA) qui luttait contre l’impérialisme américain de l’époque. Ce qui demeure à date une incompréhension dans l’histoire de la politique étrangère d’Haïti. En 1956 elle a reconnu la Taïwan sur la Chine alors que le 29 Octobre 2017 elle a condamné le référendum pour l’indépendance de la Catalogne au profit de l’Espagne, ancienne puissance coloniale. On pourrait conclure que cette action a été motivée par des intérêts économiques vu que l’Espagne est un partenaire financier important pour la DINEPA (155 millions de dollars en 2016 selon AYIBOPOST). En Avril 2019 Haïti a voté pour l’expulsion du représentant du Venezuela dans l’OEA, un Etat qui non seulement partage des valeurs communes et a une histoire fraternelle avec elle, mais aussi qui à travers le programme « Petro Caribe » a octroyé plus de 4,237 milliards de dollars américains sous forme d’emprunt pour son développement. Sans compter de nombreuses scandales dont les diplomates haïtiens font l’objet, le plus récent est celle du 3 mai 2023 impliquant l’ambassade d’Haïti à Washington dans des actes de corruption.
« Dans nos rangs point de traites, du sol soyons seuls maitres » deux phrases dans le premier couplet de la dessalinienne qui exprime bien les objectifs stratégiques des fondateurs de la patrie en ce qui a trait à la protection ou mieux la défense du territoire, cependant même si l’on ne tient pas compte de l’occupation américaine, de 1993 à 2017 on peut compter près de cinq (5) mission de force étrangère en Haïti : MINUHA (1993-1996), MANUH (1996-1997), MITNUH (1997), MIPONUH (1997-2000), MINUSTHA (2004-2017) et aujourd’hui on parle de l’arrivée d’une énième force étrangère sur le leadership du Kenya dont l’aboutissement tarde encore à venir. A noter que les objectifs principaux de ses missions ont été d’établir la paix et la sécurité dans le pays, une mission qui revient strictement aux haïtiens, principalement les responsables officielles de la nation. On se demande qu’en est-il du « sol soyons seul maitre » consolider dans l’ensemble des constitutions qu’a connue la République a date ? Comme il a été mentionné au début, la politique étrangère ne concerne pas que la diplomatie mais aussi la stratégie en l’occurrence, l’armée. En 1995 de retour de son exil le président Jean Bertrand Aristide a décrété la démobilisation des Forces Armées d’Haïti – FAD’H, amputé ainsi d’une force de défense, le territoire haïtien livré à lui-même, est l’objet de violations systématiques (terrestre, aérien, maritime) tant de la part des États puissances mais aussi, et surtout par les forces militaires de la république voisine, en l’occurrence la République Dominicaine, le pays avec lequel nous avons pas mal de contentieux historiques et qui maintenant compte plus de 100.000 hommes en armes. Malgré sa remobilisation par le feu président Jovenel Moïse elle peine encore à être effectif et ne peuvent encore remplir sa mission qui est d’assurer la défense du territoire haïtien, bien qu’il y a aussi d’autres aspects à prendre et compte sur l’affaire de la remobilisation de l’armée d’Haïti (les puissances étrangères notamment les Etats-Unis et le Canada ne sont pas favorable à cette initiative).
En somme, à l’image de la politique interne d’Haïti, son insignifiance sur la scène internationale n’est pas un coup du hasard ni une chose qui est arrivé du jour au lendemain encore moins une fatalité, c’est en quelque sorte le résultat de quelque chose de planifié, d’une politique de tâtonnement et de la mesquinerie des hommes et des femmes qui ont eu le pouvoir décisionnel dans les affaires publiques du pays. Il faut aussi pointer du doigt l’influence des puissances américaines, françaises et canadiennes pour ne citer que cela, dans les affaires internes d’Haïti. Si l’on fait une analyse en profondeur on pourrait citer comme exemple l’empreinte visible des Etats-Unis dans la politique étrangère d’Haïti, que ce soit au niveau de la diplomatie multilatérale, pour prendre des positions dans les organisations multilatérales (vote pour expulser le Cuba à l’OEA et pour le Venezuela) ou au niveau de la diplomatie bilatérale, pour établir des relations diplomatiques avec d’autres Etats (Taiwan au dépend de la Chine). Le même constat est aussi fait pour les stratégies de défense (la démobilisation de l’armée d’Haïti et les pour les interventions des forces étrangères dans le pays). La vision, l’idéologie ainsi que les objectifs qui constituaient le socle, les valeurs d’Haïti sur la scène internationale sont aujourd’hui abandonnées pour satisfaire le compte des puissances étrangères, concluant belle et bien que « la politique étrangère d’Haïti est étrangère à sa politique ».

Michelson Charlotin
Politologue, Internationaliste.
Spécialiste du Marketing et Communication Politique
Master en Droit international
Master en Administration Publique

