Haïti exige la restitution de la « double dette » historique l’Université d’État se mobilise

Plus de 220 ans après son indépendance, Haïti continue de souffrir des conséquences économiques et sociales de la « double dette » imposée par la France. Le Conseil Exécutif de l’Université d’État d’Haïti (UEH) a récemment mis en place un groupe de travail pour étudier cette problématique et mobiliser l’opinion publique nationale et internationale en faveur de la restitution des sommes versées.
Contexte historique et impact économique
L’indépendance d’Haïti en 1804, première nation noire libre du monde, a été suivie par une lourde « double dette » envers la France, privant le pays de ses revenus d’exportation et imposant des préférences commerciales au profit de l’ancienne puissance coloniale. Gusti-Klara Gaillard, historienne spécialisée, souligne que le remboursement de cette dette a été principalement soutenu par la production caféière des paysans haïtiens, décrite comme une culture « pillée ».
En 1915, Davilmar Théodore s’était opposé au paiement de cette dette. Plus récemment, en février 2023, le New York Times a rappelé l’impact dévastateur de cette saignée financière. Volker Turk, Haut-Commissaire aux Droits Humains de l’ONU, a publiquement reconnu la nécessité pour la France de rembourser cette dette.
Mobilisation nationale et internationale
L’ancien Président d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide, avait déjà porté cette question à l’attention du monde au début des années 2000. « L’injustice et les effets négatifs de la dette de l’indépendance doivent être reconnus et rectifiés, » avait-il déclaré.
Le 19 avril dernier, plus de vingt ONG françaises ont appelé leur gouvernement à restituer le montant de cette dette. Lors d’un colloque international le 4 mai, deux anciens présidents du Costa Rica et du Chili ont établi un lien entre la situation actuelle d’Haïti et le poids historique de cette dette.
Le groupe de travail de l’UEH, composé de professeurs et de spécialistes, a pour objectif de compléter le dossier, sensibiliser l’État haïtien et les secteurs de la société, et mobiliser l’opinion publique nationale et internationale. « Nous devons identifier tous les acteurs capables de faire avancer ce dossier, » a déclaré le professeur Alvarez Louis, historien.
Les stratégies incluent des enquêtes, des études et des activités de diffusion de l’information, telles que des émissions radiophoniques et télévisées, des conférences et des publications. « L’Université d’État d’Haïti a un rôle crucial à jouer dans cette mobilisation, » a affirmé Glodel Mezilas, spécialiste en relations internationales.
Résultats escomptés
Le groupe de travail doit soumettre un dossier complet des dettes à restituer, établissant une coalition nationale et internationale pour engager les premiers échanges avec les États concernés. « L’aboutissement de ce dossier aidera certainement à aborder la problématique de la reconstruction de manière plus sereine et plus efficace, » a conclu le professeur Jean Marie Theodat, géographe.
La rédaction

