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Discours du Président Jovenel MOÏSE, à l’occasion de la commémoration des 217 ans de la Bataille de Vertières, le mercredi 18 Novembre 2020, au palais national

Mesdames et messieurs, messieurs

Haïtiens, Haïtiennes, vous qui m’écoutez dans tous les coins du pays et dans la diaspora,

Le 18 novembre est une étape importante de notre histoire en tant que peuple. Cette date nous rappelle la dernière grande bataille de l’armée indigène menée par le général Jean Jacques Dessalines contre les troupes du général Rochambeau, eux qui nous ont permis aujourd’hui d’avoir un pays libre et indépendant. Cette bataille n’a pas été facile du tout pour nos soldats. Parce qu’ils avaient devant eux la plus grande armée de l’époque, qui est l’armée française blanche dirigée par Napoléon Bonaparte. Ils voulaient nous maintenir en esclavage et nous fouettaient dans le dos, ils nous exploitaient, ils suçaient notre sang, ils nous faisaient dévorer par des chiens pour continuer à piller toute la richesse de la colonie.

Nos ancêtres ont résisté. Ils ont dit : Non, ça ne pouvait pas continuer. Dans l’union et la solidarité avec une grande détermination, un grand courage, beaucoup de volonté, beaucoup de tactique, l’armée indigène a réussi à retirer les chaînes de nos pieds pour que le monde entier nous reconnaisse en tant que nation. Le grand objectif de la bataille de Vertieres était de consacrer la victoire de notre droit à la vie, notre droit de vivre en tant que citoyens, notre droit de vivre librement, notre droit à l’éducation, notre droit à la santé, notre droit à une justice équitable, notre droit de vivre comme tout le monde.

Que constatons-nous 217 ans plus tard? Il est vrai que nous ne recevrons plus de coups de fouets du colon dans notre dos. Il est vrai que nous n’avons plus de chaînes aux pieds. Il est vrai que nous ne mourrons plus par centaines dans les bateaux. Mais, nous restons toujours esclaves de la haine, de la division, des conflits, de la misère, de l’injustice sociale, de l’insécurité qui nous empêchent de prendre la voie d’un véritable développement économique, social et politique.

La bataille de Vertières n’a pas eu lieu pour que, 217 ans après, les Haïtiens vivent encore sans électricité.

La bataille de Vertières n’aura aucun sens si 217 ans plus tard, des Haïtiens ne savent ni lire ni écrire.

La bataille de Vertières n’a pas eu lieu pour donner des monopoles à un petit groupe de personnes au détriment de la grande majorité de la population.

La bataille de Vertières n’a pas eu lieu pour que des Haïtiens dorment dans la boue comme nous le constatons avec tristesse à Cité Soleil, Cité Boston, Cité Carton, à Village de Dieu, au Bel-Air, à Cité Chauvel au Cap-Haïtien, à Raboteau, dans tous nos quartiers populaires.

La bataille de Vertières n’a pas eu lieu pour que la misère force des millions d’Haïtiens à quitter le pays pour aller vivre à l’étranger avec beaucoup de nostalgie.

La bataille de Vertières n’a pas eu lieu pour que la Constitution exclu plusieurs millions d’Haïtiens des affaires politiques du pays.

La bataille de Vertières n’a pas eu lieu pour avoir toutes ces exclusions et divisions.
La bataille de Vertières a eu lieu pour que toute la population ait l’électricité chez lui 24 heures par jour.

La bataille de Vertières a eu lieu pour que tous les Haïtiens aient droit à des hôpitaux, aux centres de santé, aux médecins, aux infirmières et aux pharmaciens pour leur fournir des soins adéquats lorsqu’ils sont malades.
La bataille de Vertières a eu lieu pour que mes enfants et vos enfants aillent à l’école pour avoir accès à une éducation et une instruction appropriées. Pour trouver des universités qui leur donnent une bonne formation.

La bataille de Vertières a eu lieu pour que tout le monde obtienne justice, qu’il soit pauvre ou riche, noir ou à peau claire, qu’il habite en ville ou à la campagne.

La bataille de Vertières a eu lieu pour donner aux étudiants accès au crédit après leurs études pour créer des entreprises comme nous le faisons dans le cadre du programme PAPEJ.

Soit qu’ils intègrent l’Administration Publique après concours, sans avoir besoin d’une marraine ou d’un parrain comme le fait le Ministère des Affaires Etrangères ou  comme le fait l’OMRH pour recruter de jeunes ingénieurs et des administrateurs pour les  mairies et d’autres de nos institutions.

La bataille de Vertières a eu lieu pour que nous ayons plusieurs barrages hydroélectriques à travers tout le pays tels que le barrage de Marion pour irriguer nos terres et produire de l’électricité en vue de sortir le peuple de l’obscurité.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, officiers, sous-officiers et soldats

Je veux profiter de cette occasion du jour du 18 novembre pour vous expliquer le sens de mon combat à la tête de l’Etat.

Dès le moment où j’ai accédé comme président de la république, j’ai trouvé un pays déchiré et divisé. Tous mes efforts sont pour arriver à recoudre les morceaux ensemble, d’unir les secteurs, de réconcilier la nation avec elle-même. Malheureusement, beaucoup de personnes n’ont pas intérêt lorsque le pays fonctionne dans la paix et dans l’unité. Parce que, c’est quand il y a des troubles politiques, quand il y a de l’instabilité, quand les uns déchirent les autres qu’ils font leur fortune, leur richesse. Pire, nous ne réalisons pas qu’ils nous utilisent pour régler leurs propres affaires. Et quand ils ont fini de nous utiliser, ils nous rejettent.

Le sens de mon combat, ce n’est pas de mettre les uns contre les autres. Ce n’est pas de faire affronter les riches avec les pauvres. Parce que le pays a besoin à la fois des riches et des pauvres.
En tant que chef d’État du pays, je dois défendre les intérêts des riches et des pauvres. Je n’ai pas le droit d’envoyer les pauvres détruire, brûler les biens et les magasins des riches.

Ce que je demande, c’est un partage équitable des richesses du pays. Ce sont de bonnes conditions de travail pour les travailleurs. Nous exigeons la libération de l’État qui est en captivité.
Nous exigeons que l’État serve tout le monde de manière équitable. Nous demandons à chacun quel que soit son statut économique et social de s’acquitter de ses impôts et taxes afin que l’Etat puisse trouver des moyens pour servir tout le monde.

Quand je demande à chacun de payer ses impôts, d’arrêter la contrebande, la surfacturation, de spéculer des dollars, de décapiter l’Etat, je n’ai de problème avec personne en particulier.

Le sens de mon combat n’est pas de mettre des personnes à la peau foncée pour affronter ceux qui ont la peau claire. Parce que l’armée indigène qui a réalisé la bataille de Vertières avait des généraux et des officiers noirs ainsi que des généraux et des officiers blancs. Cela signifie que Boukman, Dessalines, Christophe, Capois, Toussaint, Pétion… ils se sont tous mêlés pour lutter pour nous donner ce coin de terre dans la dignité et la fierté.

Le sens de mon combat ce n’est pas de mettre l’armée pour affronter la police, mais c’est de réunir ces deux forces pour servir la population. Parce que la constitution du pays reconnaît ces 2 forces. Ils ont chacune leur importance. L’une doit compléter l’autre dans les services fournis à la population. La police est là pour protéger, servir et assurer la sécurité de la population. L’armée existe pour protéger la nation, protéger les frontières du pays, lutter contre le terrorisme, assister lors des catastrophes naturelles, construire des routes, des ponts, des aéroports, des barrages hydroélectriques, etc. Donc, ces 2 forces existent pour servir la nation.

Le sens de mon combat c’est que les institutions financières telles que la BRH, la BNC, la BPH, l’ONA, la FDI existent pour tous. Ces institutions ne peuvent pas être sous le contrôle d’oligarques corrompus qui les pillent au détriment de la majorité de la population. Lorsque nous démontrons notre volonté de faire en sorte que ces institutions servent des individus puissants qui sont riches de la même façon que les petits marchands de glaçons de la Croix-des-Bossales, nous n’avons de problème avec personne. Nous n’agissons pas non plus avec méchanceté lorsque nous prenons des mesures pour augmenter la valeur de la gourde afin de réduire le niveau d’inflation qui fait aujourd’hui baisser le prix des produits de premières nécessités. S’il y a des secteurs qui sont affectés par ces mesures, l’Etat est là pour les écouter, pour les accompagner. Mais je veux que tout le monde comprenne que ces mesures sont bonnes pour la majorité de la population.

Nous n’avons de problème avec personne en particulier lorsque l’État décide de réformer le secteur de l’énergie, qui a fait baisser les prix de l’essence aujourd’hui en appliquant la loi de mars 1995 sur les produits pétroliers. L’État perdait chaque mois environ 2 milliards de gourdes ($30,769,230) en subventionnant les produits pétroliers, tandis que l’État a besoin d’argent pour construire des écoles, des hôpitaux, des centres de santé, pour payer les employés, acheter du matériel et des fournitures pour la police, etc. Il est vrai qu’il y a des entreprises qui ne gagnent plus le même montant de bénéfices qu’auparavant. Mais, l’Etat doit prendre toutes les mesures appropriées pour apporter justice et réparation sociale.

Nous n’avons aucun problème avec qui que ce soit lorsque l’Etat décide que le Ministère des Travaux Publics joue son rôle dans la construction de routes à travers le pays, la construction de l’aéroport de Jérémie comme il va le faire à Port-de-Paix, sans gaspiller les petites ressources financières du pays. Certains peuvent sentir leurs intérêts menacés parce qu’il y avait un État qui attribuait des contrats de 1 km de routes goudronnées pour 1 million et parfois 2 millions de dollars américains.

Aujourd’hui, nous devons accepter que cet État pauvre ne puisse plus attribuer ces contrats.

Aujourd’hui, il n’y a pas lieu de se fâcher si l’État décide de réformer le secteur de l’énergie pour fournir de l’électricité stable 24 heures sur 24 dans tout le pays à un meilleur prix. L’État dépensait 20 millions de dollars américains pour 4 heures d’électricité dans certaines régions du pays. Aujourd’hui, pour plus de de 12 heures dans de nombreuses régions du pays, l’Etat ne dépense que 6 millions de dollars. Dans les prochains jours, tout le pays aura l’électricité 24/24 pour ces mêmes 20 millions de dollars. Donc, tout le monde comprend clairement pourquoi le pays veut prendre feu, des coups de feu se font entendre par-ci, par-là car il y a de grands intérêts qui sont menacés.

Madame, Mesdemoiselles, Messieurs, Officiers,
Sous-officiers et Soldats,

Haïtiens qui m’écoutent dans les 4 coins du pays et dans la diaspora

La bataille de Vertières perdra son sens si vous et moi, nous ne comprenons pas la nécessité de nous unir pour offrir aux générations futures un meilleur pays que celui d’aujourd’hui.

La bataille de Vertières perdra son sens si nous ne mettons pas notre orgueil de côté pour pouvoir nous regarder dans les yeux sincèrement, sans tricher pour nous engager à mettre le pays sur la voie du développement et d’une véritable croissance économique.

La bataille de Vertières perdra son sens si 217 ans plus tard nous ne prenons pas des mesures pour alphabétiser tout le pays.

La bataille de Vertières perdra son sens si, 217 ans plus tard, nous ne parvenons pas à gouverner le pays en raison de troubles politiques, l’instabilité, la méfiance.

Aujourd’hui, je suis chef de l’Etat. Le combat que je vous invite à faire, c’est contre l’ignorance, l’analphabétisme, l’insécurité, la division, l’exclusion. Nous constatons en quoi ces choses nous placent après 217 ans d’indépendance. Nous n’avons d’autre choix que de nous unir. Les raisons pour lesquelles nous devons nous unir, nous entendre sont plus fortes que les difficultés qui nous divisent. L’unité est indispensable si nous voulons réaliser le rêve d’une société moderne, un pays où les gens peuvent vivre avec dignité et fierté.

Nous devons unir notre force, notre courage et notre volonté de rechercher le bien-être des 15 millions d’Haïtiens qui nous observent et qui comptent sur nous. Nous sommes responsables du bonheur du peuple comme de son malheur, de la pauvreté du peuple comme de sa richesse, de la paix du peuple comme la guerre qu’une portion de personnes recherche.

C’est le plus grand défi qui nous attend en tant que dirigeants politiques responsables, en tant que chefs religieux qui sont là pour guider le peuple de Dieu sur le chemin de la paix, de l’amour et du pardon. C’est le même défi qui attend tous les leaders d’opinion pour dire la vérité, pour diffuser des informations objectives.

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