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Haïti: Drame à la Citadelle ou le prix de la profanation d’un symbole national

Mon Intime Conviction

Par: Jean Mapou

Il y a des lieux qui dépassent la simple géographie. Des lieux où la pierre porte la mémoire, où chaque mur raconte une lutte, où chaque pas engage le respect d’un héritage collectif. La Citadelle Laferrière est de ceux-là. Elle n’est pas un espace ordinaire. Elle est un sanctuaire national.

Et pourtant, ce qui s’y est produit relève moins d’un accident que d’une profanation.

Ce drame, survenu au cœur d’un rassemblement massif pourtant prévisible, ne peut être réduit à une simple défaillance logistique. Certes, les faits sont accablants: on parle de 20 000 personnes souvent livrées à elles-mêmes lors des visites, absence de dispositifs de sécurité, inexistence de secours adaptés, faiblesse criante des moyens policiers dans la commune de Milot. Mais au-delà de ces manquements, c’est une faillite morale qui interpelle.

Car comment expliquer que ce haut lieu de l’histoire nationale ait pu être transformé en espace de débordements, voire de débauche?

Les témoignages évoquant la présence de préservatifs usagés sur le site ne sont pas de simples détails choquants. Ils symbolisent une rupture profonde: celle du lien sacré entre le peuple haïtien et ses symboles. Ce qui s’est produit à la Citadelle n’est pas seulement une négligence administrative. C’est une banalisation dangereuse de l’irrespect.

Un monument comme la Citadelle n’est ni une foire, ni un terrain vague, encore moins un lieu de dérives incontrôlées. Il incarne l’esprit de résistance légué par Henri Christophe, une mémoire bâtie au prix du sang et du sacrifice. Y tolérer des comportements indignes, c’est porter atteinte à ce que nous sommes.

Il serait trop facile aujourd’hui de chercher un bouc émissaire, un influenceur, un individu, une foule. La vérité est plus dérangeante. Elle réside dans une chaîne de démissions: démission des autorités locales incapables d’anticiper un événement annuel connu de tous; démission dans la régulation d’un site classé patrimoine mondial et merveille du monde; démission, enfin, dans la protection de notre patrimoine.

L’affaire des bracelets estampillés, les soupçons de perceptions informelles d’argent, les tentatives de dénégation officielle: tout cela renforce l’impression d’une gestion opaque, où la mesquinerie a supplanté l’intérêt collectif.

Mais au-delà des responsabilités administratives, une question plus fondamentale s’impose: que reste-t-il du respect que nous devons à nos lieux de mémoire?

Un pays qui ne protège pas ses symboles se fragilise lui-même. Un peuple qui banalise la profanation de ses sites historiques accepte, consciemment ou non, l’effritement de son identité.

Il est temps de tracer une ligne claire.

Les sites comme la Citadelle, le Palais Sans-Souci, les vestiges de Vertières, ou encore le fort Jacques et Alexandre… ne sont pas des espaces neutres. Ils doivent être régis par des normes strictes, encadrés avec rigueur, protégés avec fermeté. Certaines pratiques, certains comportements, certaines activités n’y ont tout simplement pas leur place.
Ce drame doit servir d’électrochoc.

Il impose une refondation de la gestion des sites historiques en Haïti: professionnalisation de l’encadrement, renforcement de la sécurité, transparence dans la gestion financière, mais surtout réaffirmation du caractère sacré de ces lieux.

Car au bout du compte, la question n’est pas seulement de savoir qui est responsable.
Elle est de savoir ce que nous sommes prêts à tolérer.
Et à la Citadelle, ce qui s’est passé ne devait jamais être toléré.
Mon Intime Conviction

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