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La chronique de Jean MAPOU L’heure n’est plus à la victimisation.

Par Jean MAPOU

En moins d’une semaine plus de 4 cas de kidnapping enregistrés dans la région métropolitaine. Le pire c’est que les ravisseurs font des professionnels ayant dédié leur vie au service de la communauté une cible prioritaire. Avocats, médecins, pasteurs, étudiants… tous des alléchantes victimes pour les kidnappeurs. Mais le plus choquant pour ma faible et modeste intelligence, c’est d’entendre dire que les bandits sont des victimes. De quoi ou de qui un démon pourrait-il être victime, si ce n’est guère son choix d’en devenir un?

La chronique de Jean MAPOU L’heure n’est plus à la victimisation.

«Trop de victimisation tue les victimes». On dirait une redondance… mais comportant tout son sens si on y laisse de côté la sonorité humoristique pour y voir la profondeur. Ce matin j’ai eu un entretien avec un médecin de l’internat à l’HUEH, un collègue du docteur Télémaque enlevé puis relâché le lendemain; à la question quel message pour la société dans une circonstance pareille, l’interviewé a mentionné que les ravisseurs seraient des victimes du système de société dans laquelle nous vivons. Quel gâchis! Eus-je envie de lui rétorquer, coincé dans les règles de l’entretien journalistique je retenais mon souffle.

La chronique de Jean MAPOU L’heure n’est plus à la victimisation.

Quand on y pense profondément on a le droit de se demander en quoi un bandit serait réellement victime. Je résonnais jadis ces propos: «se yon bann viktim sosyete a yo ye tou». A me voir reconsidérer ma position, vous me prendriez pour le plus cynique de tous si je vous avouais que notre société n’est pas cruelle. Nous vivons certes dans un pays mangeur d’hommes et de femmes; un État qui hypothèque notre jeunesse et notre avenir, mais on toujours le choix.

Nombreux sont ceux qui n’arrivent pas à se procurer un pain pour assoupir leur faim et qui ne sont pas devenus bandits. Combien d’entre vous qui me lisez maintenant, détiennent toutes les cordes à leur arc? Quoique vous fassiez la société ne vous a jamais facilité la tâche. Tandis que ce n’est pas vous les kidnappeurs? A moins de me tromper sur certaines apparences.

Je suis fatigué de vous entendre victimiser des privilégiés du système. Ils ont été choisis ou mieux encore enrôlés et embrigadés. On les a assignés une mission dont je ne sais quoi. Ils sont non seulement rémunérés par des politiciens, des hommes d’affaires mais aussi couverts par l’impunité qui gangrène la justice haïtienne. Et là, je vous parle des jeunes vulnérables dans l’enfer des quartiers défavorisés.

Il y a par ailleurs une autre catégorie de bandits: des hommes et des femmes ayant pris le contrôle des appareils d’État pour alimenter l’insécurité. Ils ont argent et escorte policière. Immunité et passeport diplomatique, et tout ce qui va avec…

Alors, cessez de victimiser les privilégies du système. Ils sont une poignée d’individus qui nous retient (la majorité) en otage. En considérant les bandits comme des victimes, nous leur lançons en même temps l’invitation à nous enlever parce qu’ils nous considèrent comme leur porte-monnaie. Cessez de victimiser également les victimes. Soyez plutôt solidaires et agissez.

Imaginez le prix d’une arme automatique et les voitures de luxe utilisées dans les rapts, et demandez-vous si ces argents ne seraient pas mieux servis? Imaginez les rançons versés par tant de victimes et demandez-vous encore si les ravisseurs ne pouvaient pas changer de métier? Imaginez encore le calvaire d’un simple et honnête commerçant dans les douanes pour faire passer un paquet de bonbons ou un sachet de chips, alors des contrebandiers y passent leurs conteneurs sans contrôle, voire des cargaisons d’armes à feu et de munitions. J’en conviens que n’est pas aussi simple, vous m’en direz tant.

On dit que la majorité n’a pas toujours raison surtout dans ce cas-ci où vous voulez prendre la place d’une minorité démoniaque, improductive, sans pitié ni état d’âme. Les bandits tels que nous venons de le voir ci-dessus avaient des choix comme nous tous. Si, en étant en si petit nombre et faisant ce qu’ils font dans la société, ils sont aussi victimes que nous, qui sont alors les privilégiés du système, voire les vrais coupables de dans la dégradation de la situation? Réfléchissez si ça vous tente.

Jean Junior Joseph

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