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La Chronique de Jean MAPOU: Des hommes ou des zones de non-droit?

Par Jean Junior JOSEPH

Le principe qui veut que l’homme soit le produit de son milieu n’est pas toujours avéré; car à l’inverse il en est perçu comme l’artisan. Mais dans le monde d’aujourd’hui, les communautés humaines se conçoivent, se façonnent, bref se planifient par un groupe de privilégiés. Alors la vie que mènent les gens reflète forcément le modèle de pensée de ses élites.

J’ai été renversé après avoir lu la lettre du docteur Pierre Réginald Boulos, appelant ses pairs du secteur privé des affaires à une solidarité agissante en faveur des victimes de la guerre des gangs à Martissan. Mais le plus stupéfiant, c’est que sa démarche n’a pas eu de feed-back immédiat, voire des réactions positives.

La Chronique de Jean MAPOU: Des hommes ou des zones de non-droit?

Le sort de ces gens qui fuyaient leurs maisons à Martissan et tous les autres quartiers défavorisés à cause du banditisme ne saurait guère intéresser les gens de classe moyenne. S’ils ont, d’ailleurs, financé les affrontements dans les ghettos, loin de leur hacienda, ce n’est pas pour rien. C’est pour laisser les miséreux s’entretuer, profitant de cumuler plus de richesses en continuant à les alimenter en armes et munitions.

L’appel de Réginald Boulos n’est qu’une farce pour tenter de masquer l’animosité de sa race envers les petits fils des esclaves. Pour humilier ceux-là que ses acolytes et lui ont déshérité et affaibli grâce aux produits chimiques fabriqués dans son laboratoire, parmi eux le sirop pour bébé, « Afebrile »; Les parents pleurent encore aujourd’hui la disparition de leur progéniture. C’est une attitude de «lougawou nan fanmi».

Cet appel à l’aide en faveur des victimes de Martissant doit-être vu comme le baiser du crocodile. Ils ne vont pas laisser passer cette occasion sans en tirer profit. Une image de riche nourrissant des nécessiteux sur la place de Fontamara serait un bon coup de pub. Sinon pourquoi publier dans les médias la lettre adressée aux associations de patrons? Je pense que ce pauvre petit riche cherche à se payer la tête des victimes.

Ce sont ces même bandits présentés hier comme agents de développement jouissant de la pleine confiance de ces hommes d’affaires, ce sont ces malfrats, sécurisant les biens de ces pauvres petits riches, qui kidnappent, violent, tuent, pillent et incendient des maisons dans les bidonvilles avec les armes et les munitions vendues par ces «Lougawou nan fanmi», des bandits en costard qui font du saupoudrage, en tendant la main aux victimes des bandits, ou devrais-je dire agents de développement.

Les victimes sont les contributeurs immédiats pour les achats d’armes et de munitions. Et cet argent va toujours droit dans la poche de ces pauvres petits riches.

Cité-Soleil, Martissant, Bel-Air, Raboto… tous des zones de non-droit; mais d’après la conception d’un groupe d’hommes de non-droit tels que ceux que nous connaissons déjà. Ces zones ainsi définies sont modelées, organisées et planifiées par nos élites intellectuelles, politiques et économiques.

Combien d’études, de réflexions, d’essais sur la sociologie des bidonvilles? Quelle est la politique publique pour le développement de ces zones? Y-a-t-il eu un plan de promotion et de mobilité sociale pour la masse? Quelle genre d’activités les entrepreneurs haïtiens soutiennent dans les ghettos et à quelle fin? Qui bénéficient de l’attention et l’affection de nos politiciens et nos businessmans ? Vous connaissez les réponses. Elles sont dans la réalité criante de vos quotidiens.

Les vrais hommes de non-droit vivent dans des quartiers résidentiels respirant l’air frais du climat; de là-haut, dans la tranquillité du sociopathe, ils planifient le modèle de vie dans les zones de non-droit qu’ils ont façonnées et organisées.

Dans une société où la vision des élites est altérée par la cupidité et la soif de sang, la charité du plus grand nombre se refroidit, la compassion du riche n’est plus un devoir de moralité et les élans de solidarité motivés par des intérêts mesquins, que dire des loups affamés de l’extrême pauvreté qui partent chasser hors des bois, les ghettos?

Qui sont les vrais hors la loi dans le monde d’aujourd’hui?

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