Haïti/Lutte contre la corruption : l’ONLCC interpelle l’UCREF sur son silence face au blanchiment d’argent

L’Organisation nationale de lutte contre la corruption et le crime (ONLCC) a vivement critiqué, ce jeudi 30 juillet 2026, le fonctionnement de l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF), qu’elle accuse de faire preuve d’inaction face aux nombreuses allégations de blanchiment d’argent en Haïti.

Dans une note de presse publiée le 30 juillet, l’ONLCC déplore ce qu’elle qualifie de manque de responsabilité et de leadership au sein de l’UCREF. L’organisation affirme que, malgré les multiples dénonciations relayées dans l’opinion publique concernant des cas présumés de blanchiment de capitaux impliquant certaines personnalités et institutions, l’UCREF ne s’est pas prononcée publiquement et n’a rendu aucun rapport susceptible de permettre aux autorités judiciaires d’engager des poursuites.
L’ONLCC rappelle que l’UCREF est investie d’un mandat légal défini par la loi du 8 mai 2017, renforcée par le décret du 30 avril 2023 portant sur la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Elle souligne également que le mandat du directeur général, Me Michelin Justable, aurait expiré depuis octobre 2023, tout en indiquant qu’il continuerait à exercer ses fonctions et à bénéficier des avantages liés à son poste, sans résultats jugés satisfaisants.


L’organisation s’inquiète par ailleurs des difficultés croissantes rencontrées par les citoyens pour retirer des espèces auprès des banques commerciales. Selon elle, cette rareté des billets, tant en gourdes qu’en dollars américains, alimente les inquiétudes de la population et est parfois attribuée à des circuits de collecte d’argent au profit de groupes armés, poussant les banques à limiter les montants pouvant être retirés quotidiennement.
L’ONLCC entend maintenant interpeller l’UCREF : que font les ravisseurs de l’argent américain collecté lors des enlèvements ? Comment les groupes armés parviennent-ils à s’approvisionner en munitions à l’étranger avec cet argent ? Pourquoi, malgré les sommes considérables amassées par les malfaiteurs, nos institutions financières n’éprouvent-elles toujours aucune difficulté à effectuer des transactions bancaires, des prêts et des virements en dollars ? Nos recherches démontrent que de nombreux commerçants des villes de province préfèrent échanger leurs gourdes auprès des maisons de transfert plutôt que de les déposer en banque, afin de faciliter leurs achats de marchandises — l’UCREF en est-elle informée ? Autant de questions dérangeantes mais qui exigent des réponses, tant leurs répercussions négatives sur l’économie haïtienne et sur la population se font de plus en plus sentir dans le pays, lit-on dans cette note.
À travers cette sortie publique, l’ONLCC appelle les responsables de l’UCREF à apporter des réponses aux préoccupations soulevées et à renforcer les actions de l’institution dans la lutte contre le blanchiment d’argent, un phénomène qu’elle considère comme une menace majeure pour l’économie nationale et la sécurité du pays.
FCNHAITI
