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Haïti: le rêve d’un réveil désormais en exil ou sous terre

Le 12 janvier 2010, un séisme d’une ampleur dévastatrice frappe le cœur de Port-au-Prince et sa zone métropolitaine. Dans les jours qui suivent, des bilans officiels estiment qu’environ 300 000 personnes périssent sous les décombres d’un pays meurtri dans sa chair et ses institutions. Alors que beaucoup perdent espoir, une nouvelle génération de jeunes portée par les idéaux de justice sociale, de droits humains et de développement durable voit dans ce chaos une opportunité de contribuer à une reconstruction civique et politique d’Haïti.

De l’espérance démocratique à la réalité politique

En fin 2010 et au début 2011, Haïti organise des élections générales, censées ouvrir une nouvelle phase de gouvernance démocratique. Parmi les candidats, des voix nouvelles, y compris des artistes et des personnalités populaires, gagnent en visibilité. Le Nouvelliste titre dans son édition d’avril 2011 : « Michel Martelly, l’idole des jeunes va devenir président d’Haïti », soulignant l’espoir d’un renouveau. Pourtant, très vite, des acteurs civiques et communautaires perçoivent des signes d’un glissement vers un pouvoir peu attentif aux aspirations profondes de la jeunesse et de la société civile.

Haïti: le rêve d’un réveil désormais en exil ou sous terre

Jeunes engagés: une force civique confrontée à la menace

Dès les premiers mois de ce nouveau mandat présidentiel, des jeunes issus de mouvements communautaires comme Chill ou Pa à Croix-des-Bouquets investissent leurs quartiers pour promouvoir l’éducation civique, la participation citoyenne et la prévention de la violence. Pour eux, comme l’explique La-France Jean Robert, « l’espoir s’est transformé en cauchemar » lorsque les pratiques politiques traditionnelles ont commencé à se heurter à des dynamiques de violence ou d’instrumentalisation des jeunes par des intérêts partisans.

Dans un contexte où les institutions étatiques restent fragiles, ce travail de sensibilisation et de mobilisation communautaire devient rapidement dangereux, certains jeunes étant ciblés pour avoir tenté de défendre des valeurs de transparence, de paix et de gouvernance inclusive.

Des organisations de jeunesse: acteur politique malgré les obstacles

En dépit de l’insécurité grandissante et de l’effritement des espaces démocratiques en Haïti, de nombreuses structures de jeunesse continuent de se mobiliser pour porter la voix des jeunes haïtiens et renforcer leur participation civique et politique. Parmi ces initiatives, Jeunesse Engagée pour la Renaissance d’Haïti (JERH) travaille à mobiliser et responsabiliser les jeunes autour de l’engagement civique, de la formation politique et de l’action collective. Nou Pap Dòmi / Sitwayen Pa Dòmi, soutenue par le Fonds des Nations Unies pour la Démocratie, vise à impliquer les jeunes dans la lutte contre la corruption et l’impunité en promouvant la transparence et la responsabilité politique. L’Observatoire de la Jeunesse Haïtienne (OJH) organise des ateliers et des consultations pour renforcer la participation des jeunes dans l’espace public malgré les obstacles structurels à la représentation.

À Jacmel, le Rotaract Club de Jacmel engage des jeunes professionnels et étudiants dans le service communautaire, le leadership et l’éducation civique au Sud-Est du pays. Enfin, EVEIL_Haïti développe des programmes éducatifs et citoyens pour renforcer les compétences civiles et communautaires des jeunes dans plusieurs départements. Ces structures, bien que variées dans leurs approches, partagent une même volonté : donner aux jeunes les outils, les connaissances et les espaces nécessaires pour se faire entendre et agir malgré un contexte politique et sécuritaire extrêmement hostile.

Le prix de l’engagement dans un pays en crise

La montée des groupes armés et l’effondrement de la sécurité publique ont transformé l’engagement civique en un pari risqué. Des gangs comme Viv Ansanm, désormais désignés comme organisations terroristes par certains États étrangers, contrôlent des pans importants de Port-au-Prince et de ses environs rendant toute action politique ou communautaire hautement périlleuse.

Dans ce climat, des jeunes qui travaillaient pour des institutions, des ONG ou des programmes de droits humains ont été menacés, ciblés ou forcés à abandonner leurs initiatives, simplement pour avoir cherché à renforcer la cohésion sociale et la participation civique. Beaucoup ont été contraints à l’exil ou ont vu leur vie menacée pour leur engagement.

Un héritage brisé, un avenir incertain

Ce que certains jeunes avaient vu comme une chance de contribuer à la naissance d’un État plus juste s’est transformé pour beaucoup en un cycle de lutte pour la survie. Pour une génération qui avait grandi sous le signe du renouveau et de la volonté de changement après 2010, l’espace politique s’est rétréci, l’autorité s’est fragmentée et les voix civiques ont été réduites au silence par la peur et la violence.

Sans institutions robustes, sans sécurité, et avec une participation politique des jeunes systématiquement étouffée, le rêve d’un réveil démocratique en Haïti reste prisonnier d’une crise profonde où la jeunesse, loin d’être célébrée comme force du futur, est souvent obligée de choisir entre l’exil ou la survie sous la menace permanente.

FCN/Haïti

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