Haïti/Crise : Des organisations politiques plaident pour une transition conduite par la Cour de cassation après le 7 février

Un regroupement de partis politiques et d’organisations de la société civile a annoncé, lundi, son soutien à un mécanisme de transition confié à la Cour de cassation à compter du 7 février 2026. Réunis autour du Protocole pour une solution haïtienne, ses signataires entendent proposer une alternative à la gouvernance actuelle, qu’ils estiment incapable de répondre à la gravité de la crise nationale. Le mot d’ordre est clair comme la chanson de tout le monde : « kanpe goumen pou peyi n! »
Le regroupement compte notamment l’Initiative du 24 avril 2025, le Grand Bloc du Peuple (GBP), l’Opposition plurielle, l’Accord Karibe, ainsi que les plateformes DEHFI et MP-18. Lors d’un point de presse tenu à Pétion-Ville, ces structures ont présenté les grandes lignes de leur projet et leur analyse de la période post-7 février, alors que l’échéance politique approche dans un climat de fortes incertitudes institutionnelles.

Intervenant en premier, l’avocat Jean Renel Sénatus a rappelé la portée symbolique du 7 février 2026, date qui marque les quarante ans de la chute de la dictature et du départ de Jean-Claude Duvalier en 1986. Pour lui, cette coïncidence est l’occasion d’un bilan sévère:
«Quarante ans après, le pays demeure incapable de consolider une démocratie fonctionnelle ou de bâtir un modèle de développement durable», a-t-il déploré.
Me Sénatus a décrit une situation institutionnelle alarmante: un Parlement inexistant, une justice exsangue, une administration publique désorganisée, des écoles détruites, des hôpitaux attaqués par des groupes armés, et un système carcéral sur le point de s’effondrer. À cela s’ajoutent, selon lui, une crise de la valeur de la vie humaine, un exode massif de la jeunesse et une précarité sociale aiguë.
L’avocat a attribué la responsabilité de l’aggravation de la crise au Conseil présidentiel de transition (CPT) et au gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, qu’il accuse d’avoir prolongé l’effondrement institutionnel sans orientation claire. Il a plaidé pour l’installation d’un président issu de la Cour de cassation, dispositif qu’il considère conforme à l’architecture constitutionnelle existante.
Pour sa part, Me Anibal Coffy a estimé qu’il n’est plus temps pour de nouveaux cycles de concertations sans débouchés. «L’heure n’est plus aux discussions interminables, mais à la prise de décisions», a-t-il affirmé, tout en mettant en doute la légitimité des autorités actuelles au-delà du 7 février.
Il a présenté les trois piliers du protocole signé le 14 janvier 2026:
• une position politique commune en faveur d’une solution nationale,
• une conférence inclusive réunissant partis, société civile, universitaires et leaders communautaires,
• un élargissement du protocole à d’autres structures démocratiques.
Cette démarche vise, selon lui, à encadrer une transition apaisée et à restaurer la confiance entre l’État et la population.
Le pasteur Abel Loreston a enrichi l’argumentaire en mettant l’accent sur la dimension sociale et morale de la crise. Il a évoqué la souffrance quotidienne des ménages confrontés à l’insécurité, au chômage et à la pauvreté, assimilant l’expérience haïtienne à quarante ans d’errance dans le désert, en référence au récit biblique du peuple hébreu.
Il a dénoncé l’échec des gouvernements successifs, l’absence d’élections crédibles et la gestion « illégitime » du pouvoir, appelant à une refondation basée sur la justice, la sécurité et la transparence.
Représentant l’Opposition plurielle, Jeantel Joseph a salué la convergence politique autour du protocole et affirmé que les signataires disposent d’une feuille de route orientée vers la sécurité, la relance économique et la restauration de la confiance citoyenne.
Dans cette optique, des mobilisations citoyennes sont annoncées entre le 8 janvier et le 1er février 2026 afin de maintenir la pression populaire sur la classe politique et accélérer le processus de transition.
FcnHaiti
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