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Feu vert de l’ONU à une force antigang renforcée en Haïti en remplacement de la MMSS

Dans une décision à la fois attendue et controversée, le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé ce mardi la transformation de la Mission multinationale de sécurité (MMAS) en une force antigang plus robuste. Dotée d’un mandat élargi et d’un effectif maximal de 5 500 personnels en uniforme, cette nouvelle force entend répondre à l’escalade de la violence qui gangrène Haïti, où l’État semble avoir cédé de larges portions du territoire national aux gangs armés.

Adoptée à New York par 12 voix pour et 3 abstentions (Chine, Russie, Pakistan), la résolution propose une réorientation stratégique de la MMAS, initialement mandatée en 2023 mais dont l’impact a été jugé limité sur le terrain. Le texte prévoit une durée initiale d’un an pour cette nouvelle mission, accompagnée de la mise en place d’un bureau de soutien logistique des Nations unies.

Un virage diplomatique décisif

Feu vert de l’ONU à une force antigang renforcée en Haïti en remplacement de la MMSS

“Il s’agit là d’un tournant décisif dans la lutte que mon pays mène contre l’un des défis les plus graves de son histoire déjà mouvementée”, a déclaré l’ambassadeur haïtien à l’ONU, Pierre Ericq Pierre, dans une allocution émue devant le Conseil. Il a notamment souligné que la MMAS avait été largement dépassée par “l’ampleur et la sophistication de la menace”, marquée par des gangs mieux armés et organisés que la police haïtienne elle-même.

Du côté américain, principal architecte de la résolution aux côtés du Panama, l’ambassadeur Mike Waltz a salué “une lueur d’espoir pour le peuple haïtien”, pris en étau entre des violences extrêmes, des déplacements massifs de population et une crise institutionnelle persistante.

Un constat d’échec pour la MMAS

Créée dans un contexte d’urgence, la MMAS visait à renforcer les capacités de la police nationale haïtienne, mais son déploiement s’est heurté à des difficultés logistiques majeures. Faiblement financée, largement en deçà de ses effectifs cibles (environ 1 000 policiers déployés sur les 2 500 initialement prévus), la mission n’a pas pu contenir l’influence croissante des groupes armés.

“Chaque jour, des vies innocentes s’éteignent sous les balles, le feu, la peur”, a rappelé Laurent Saint-Cyr, président du Conseil présidentiel de transition, dans un discours sur le tribune des Nations-Unies. “Voilà le visage d’Haïti aujourd’hui : un Guernica contemporain, une tragédie humaine aux portes de l’Amérique.”

Une force plus robuste, mais pas une mission de paix onusienne

Contrairement à une opération classique de maintien de la paix placée sous commandement onusien, cette nouvelle force restera multinationale, avec un commandement assuré par les États participants. Elle inclura pour la première fois des contingents militaires en plus des forces de police, signe d’une approche plus offensive face à des gangs désormais assimilés à des groupes paramilitaires.

Le président kenyan William Ruto, dont le pays a pris la tête de la MMAS, a assuré que le Kenya resterait engagé dans cette nouvelle configuration. “Je peux assurer à tous les partenaires qu’avec le personnel, l’équipement et la logistique nécessaires, la sécurité d’Haïti peut être rétablie”, a-t-il affirmé, tout en appelant la communauté internationale à une solidarité accrue.

Des réticences persistantes au sein du Conseil

Malgré l’adoption du texte, certaines puissances ont exprimé des réserves. L’ambassadeur chinois Fu Cong a dénoncé “une approche précipitée” qui, selon lui, ne tient pas compte des erreurs du passé. Pékin critique notamment l’absence de clarté sur les règles d’engagement et sur la composition précise de la force.

“Il est peu probable que la violence puisse être éradiquée par une escalade militaire dans un contexte aussi fragile. Cela pourrait même aggraver une situation déjà explosive”, a-t-il déclaré, reprenant une position de principe constante de la Chine sur la souveraineté des États et la non-intervention armée sans consensus politique.

Une opération sous surveillance internationale

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui avait plaidé en faveur de cette nouvelle mission, a salué le vote comme “une étape indispensable mais non suffisante”. Il a insisté sur la nécessité d’un soutien humanitaire parallèle, ainsi que d’un engagement politique durable visant à rétablir les institutions démocratiques haïtiennes.

À Port-au-Prince, l’annonce du renforcement de la mission a été accueillie avec un mélange d’espoir et de prudence. Pour une population épuisée par des années d’instabilité, l’arrivée d’une force capable de reprendre le contrôle des quartiers assiégés pourrait représenter un sursaut. Mais les souvenirs des précédentes interventions étrangères en Haïti, certaines entachées d’abus ou d’échecs, alimentent aussi un scepticisme légitime.

Entre nécessité sécuritaire et impératif de souveraineté

La relance de l’action internationale en Haïti intervient dans un contexte où l’État haïtien semble avoir perdu le monopole de la violence légitime, en particulier à Port-au-Prince. Si la communauté internationale choisit aujourd’hui de hausser le ton face aux gangs, elle devra toutefois veiller à éviter les erreurs des précédentes interventions: absence de coordination avec les autorités locales, effets pervers de la militarisation de la sécurité, et marginalisation des dynamiques politiques et sociales.

Au-delà de la sécurité immédiate, la paix durable en Haïti ne pourra être atteinte que par une reconstruction institutionnelle, un véritable soutien à l’économie locale et la restauration de la confiance entre le peuple haïtien et ceux qui prétendent lui venir en aide.

JJJ / FcnHaiti

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