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Élections en Haïti : le CEP court vers les urnes pendant que le pouvoir bricole

Mon Intime Conviction

Par: Jean Mapou

En Haïti, le calendrier politique semble désormais avancer sur deux trajectoires parallèles qui peinent à se rencontrer. D’un côté, le Conseil électoral provisoire (CEP) vient d’achever le processus d’inscription des partis politiques en vue des prochaines élections. De l’autre, le gouvernement issu du pacte de gouvernabilité s’enlise dans une logique de replâtrage et partage de gâteau qui ressemble davantage à une gestion de crise qu’à une véritable transition vers la normalité démocratique.

Élections en Haïti : le CEP court vers les urnes pendant que le pouvoir bricole

Cette absence d’harmonie au sommet de l’État pose une question fondamentale: peut-on organiser des élections crédibles dans un système politique qui ne semble pas lui-même aligné sur l’objectif électoral?

L’ouverture des inscriptions des partis politiques au CEP a suscité un afflux massif de formations politiques. Comme à chaque cycle électoral, la scène politique haïtienne se peuple de dizaines, voire de centaines de partis et de plateformes. Mais derrière cette effervescence, une réalité persiste: les véritables ténors de la scène politique haïtienne avancent avec prudence, parfois même avec méfiance.

Le peuple, quant à lui, observe à distance, attendant de voir si le processus électoral prendra réellement forme dans un pays où l’insécurité domine, où l’État peine à exercer son autorité et où la confiance dans les institutions reste profondément érodée.

Mais le paradoxe le plus frappant réside ailleurs. Alors que le CEP tente de projeter l’image d’un pays qui se dirige vers des élections, le pouvoir exécutif monocéphale, lui, semble davantage préoccupé par la gestion interne de la transition que par la préparation concrète d’un scrutin national.

Le pacte signé par plusieurs entités, présenté comme un instrument de stabilisation politique, donne l’impression d’avoir été conçu pour rééquilibrer les rapports de force entre les acteurs et temporiser la transition, plutôt que pour accélérer le retour à l’ordre constitutionnel. En clair, pendant que le CEP parle d’élections, le pouvoir politique s’affaire à colmater les fissures d’un système institutionnel fragilisé.

Ce décalage crée une confusion dangereuse. Une élection n’est pas simplement un exercice administratif organisé par un organe électoral. Elle suppose une volonté politique claire, un consensus minimal entre les acteurs et un environnement institutionnel cohérent. Or, pour l’instant, ces éléments semblent loin d’être réunis.

Le pouvoir et les acteurs semblent plutôt se conforter dans la succession de transitions afin que chacun puisse en tirer son épingle du jeu et se rassasier du gâteau. Car en dépit des déclarations publiques les signataires du pacte se sont montrés plus préoccupés par la rentabilité de la transition que par les mécanismes à mettre en place pour la tenue de vraies élections dans le pays.

Il est alors évident que l’on veut transformer le processus électoral en illusion démocratique, où les formalités avancent tandis que les conditions politiques réelles restent inexistantes. Car les transitions sont devenues les moyens politiques les moyens les plus rapides et sans risque de poursuite de s’enrichir pour les politiciens professionnels.

Ce qu’ils oublient peut-être c’est que la population haïtienne, déjà profondément désillusionnée par les promesses politiques répétées, observe cette situation avec scepticisme. Les inscriptions des partis au CEP peuvent donner l’apparence d’un mouvement vers les urnes, mais elles ne suffisent pas à convaincre une société qui doute de la capacité de l’État à garantir la sécurité, la transparence et l’équité d’un scrutin.

En réalité, le problème n’est pas seulement celui des élections. Il est celui de la cohérence de la transition politique elle-même. Tant que le gouvernement et les institutions de la transition ne parleront pas d’une seule voix et d’un même langage sur la priorité électorale, le processus restera fragile.

Et si le CEP peut ouvrir la route vers les urnes, il ne peut pas, à lui seul, reconstruire la crédibilité politique d’un État en crise.

La confiance reste encore à conquérir

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