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Des barricades encore érigées à Butte Boyer, une menace constante pour des riverains de Tabarre

La route reliant Clercine et Croix-des-Missions, barricadée depuis plusieurs mois, représente un danger pour la circulation des passants et entrave les activités des riverains appelant à une action concrète pour la réouverture de cette voie. Cet article est écrit dans un contexte difficile où la plupart des intervenants ont peur de s’exprimer ou de se faire photographier afin d’éviter de se mettre en danger.

Par Jean Junior joseph

TABARRE, Haïti.__ Clercine 18, plus précisément à l’avenue Théodate, ce tronçon de route reliant le centre de la commune de Tabarre et la plaine du Cul-de-Sac donne froid dans le dos en le traversant. Sa fréquentation était devenue restreinte depuis environ un an, à cause des affrontements à répétition entre les agents de l’ordre et les groupes armés de Viv Ansanm contrôlant cette zone.

Des barricades encore érigées à Butte Boyer, une menace constante pour des riverains de Tabarre

Mais depuis environs quatre mois, ce trajet, très utilisé dans le temps par les tap-taps et les camionneurs, est complètement impraticable. A la limite du carrefour Butte Boyer, des piles d’immondices et de la boue, coincées dans une barricade de caoutchoucs, de grosses pierres et d’autres débris paralysent la circulation des gens. «Ils ont bloqué la route pour empêcher l’arrivé des blindés de la police sans se soucier de notre passage» a murmuré un passant essayant d’éviter que sa voix retentisse jusqu’aux oreilles des hommes armés qui gardent les lieux.

Moins de véhicule plus de risques d’accident

Le trajet Clercine Croix-des-Mission en passant par Butte Boyer pour le moment quasi impossibleen voiture, représente un danger pour les motocyclistes, les seuls à pouvoir fréquenter cette route, compte tenu de sa dégradation actuelle. Chachou ainsi connu, un jeune chauffeur de taxi moto, requérant l’anonymat pour des raisons de sécurité, nous raconte son périple pour réussir à jongler entre la chaussée encombrée de toute sorte de débris et le trottoir.

J’ai à plusieurs reprises failli heurter des piétions, alors que si cela arrivait et que je n’avais pas assez d’argent pour dédommager la victime et payer une caution aux hommes armés, je pourrais me faire ligoter au soleil dans le meilleur des cas ou me faire tuer dans le pire», a-t-il déclaré, exprimant ses frustrations lorsqu’il doit traverser cette route en temps de pluie. «C’est toujours un calvaire, quand il pleut, on conduit à l’aveuglette. Le pire c’est que les eaux et la boue demeurent plusieurs jours sur la route déjà cahoteuse», a-t-il dit.

Toute la zone est stigmatisée et demeure sous la menace constante d’interventions policières musclées
Les habitants sont souvent identifiés au gang contrôlant la zone dès qu’ils donnent leur adressent, raconte Claudeson Costumé, 22 ans, jeune informaticien et musicien résident à Butte Boyer. J’ai été retenu pendant plusieurs heures par des agents de la DCPJ un soir où je rentrais chez moi. Je présentais ma carte d’identification nationale, mais en indiquant mon adresse aux policiers ils m’ont mis à l’écart pour m’interroger sévèrement sur mon lieu de résidence», a raconté Costumé.

Cette forme de stigmatisation est devenue systématique, selon Costumé qui explique qu’à cause des barricades érigées sur la route, les interventions policières sont imminentes. «Nous sommes toujours sous la menace de la descente brutale de la police, les chars nous arrivent toujours par surprise», a-t-il noté soulignant qu’il devient difficile de fonctionner si la zone est toujours guettée par ces messieurs et que la libre circulation n’est pas garantie.

Un appel à la conscience pour relancer la vie à Butte Boyer

Nombreux sont les gens qui essayent de se plaindre en silence pour ne pas être persécutés par les membres des gangs. Mais Loudwige Saint Fort, une dame de 38 ans, mère d’un garçon de 4 ans est sortie du lot pour demander une prise de conscience de la part des hommes armés, afin d’enlever les barricades. «Mon fils a perdu des jour de classe à cause de cette situation, il est traumatisé après avoir vécu les moments d’affrontements entre ces messieurs et le char. Nous en avons assez, on ne sait pas jusqu’où ils veulent arriver, or l’État n’agit pas concrètement» exclame-t-elle.

Contrôlé par le gang Chien Méchant depuis 2020, Butte Boyer, quartier de Clercine, situé dans la commune de Tabarre, était toujours une zone fragile. Aujourd’hui le transport en commun, le commerce, les établissements scolaires et les petites activités sont paralysés à cause du blocage de la voie publique exposant les passants à toute sorte de de dangers.

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