
La justice haïtienne a prononcé, le 19 novembre 2024, une décision marquante en condamnant Roudel Ducherne, inspecteur à la Direction Générale des Impôts (DGI) de Hinche, à quatre ans de prison pour détournement de biens publics. Cette condamnation, la seconde en vingt ans dans un dossier de corruption, survient près de dix ans après celle de l’ancien Directeur Général de l’Office d’Assurance Véhicule Contre-Tiers (OAVCT), Edric Léandre, en décembre 2015.
Le tribunal criminel de Hinche, siégeant sans jury, a basé sa décision sur une enquête menée par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), qui avait permis l’arrestation de Ducherne en flagrant délit. En plus de la peine d’emprisonnement, le tribunal a ordonné la restitution des sommes détournées, soulignant ainsi la gravité de tels actes contre les intérêts publics.
L’ULCC a salué cette décision tout en insistant sur l’urgence pour la justice haïtienne de traiter les nombreux dossiers de corruption encore en attente. Une source proche de l’ULCC a cependant alerté sur une « culture de l’impunité et de la corruption » qui persiste au sein du système judiciaire, rendant crucial le traitement des cas de corruption pour restaurer la confiance dans les institutions publiques.
Malgré l’envoi de près de cinquante dossiers de corruption vers la justice au cours des quatre dernières années, le chemin semble encore long. Des affaires emblématiques comme celles de l’ex-directeur de la douane, de plusieurs anciens sénateurs, et d’autres figures haut placées restent en suspens. De plus, les tentatives de certains conseillers présidentiels de mettre sous pression l’ULCC pour écarter son directeur, Me Hans Ludwig Joseph, soulèvent des inquiétudes sur l’indépendance de cette institution cruciale dans la lutte contre la corruption.
Au niveau international, la perception de la corruption en Haïti est alarmante. Selon Transparency International, le pays affiche un score de seulement 17 dans son Indice de perception de la corruption pour 2023, se classant au 172e rang sur 180 pays. De plus, le pays fait face à des sanctions internationales visant d’anciens élus haïtiens et des officiels de haut rang impliqués dans des affaires de corruption et de trafic de drogue.
L’absence de progrès significatif dans le traitement de scandales majeurs tels que celui du Petrocaribe n’a fait qu’aggraver la frustration des citoyens face à un système judiciaire qui semble souvent paralysé par des intérêts personnels et des conflits d’intérêts.
Alors qu’Haïti est dirigé par un conseil présidentiel de neuf membres, dont trois sont inculpés dans une affaire de corruption passive, la quête de justice et de transparence apparaît plus que jamais comme un défi à relever pour le pays. Les yeux du monde sont rivés sur Haïti, espérant que des efforts concertés pour combattre la corruption permettront à la nation de restaurer son image et de redonner espoir à sa population.
Jean Joceler JEAN
FcnHaïti
