« La dénonciation par le Nicaragua de la Charte de l’OEA, ou le retour d’une crise de confiance »
Questionné sur les raisons ayant porté le gouvernement du Nicaragua à vouloir se retirer de l´OEA, le spécialiste en Relations internationales, James BOYARD à tenu d´abord à rappeler que cette organisation régionale était rentrée en crise depuis la Guerre des Malouines, à cause du soutien des Etats-Unis à la Grande Bretagne, laquelle s´opposait à l´Argentine. Le Prof Boyard soutient que l´OEA va se refaire une nouvelle légitimité et dégager une nouvelle dynamique de solidarité régionale à la faveur de la crise haïtienne consécutive au coup d´État militaire de 1991.
Cependant, depuis l´accession de Hugo Chavez au pouvoir au Venezuela à la fin des années 1990, beaucoup de gouvernements de la région n´ont de cessé d´accuser l´Organisation de n´être qu´un outil au service de la politique étrangère américaine. Ces critiques porteront, les gouvernements de gauche en Amérique latine à tenter de substituer la logique du « latino-américanisme » à la logique du « panaméricanisme », avec notamment la création en 2010 de la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC).
L´auteur de l´ouvrage, « les Grands débats et défis du système international » paru en juin 2020, soutient que cette crise de confiance va refaire surface à partir de 2015 pendant le mandat de Luis Almagro, comme Secrétaire général de l´Organisation, accusé par plusieurs États membres, dont le Mexique, le Venezuela, le Nicaragua, d´avoir des velléités interventionnistes. Pour le prof James BOYARD, c´est justement cette crise de confiance, alimentée d´un côté par la volonté de l´OEA de faire revivre le droit d´ingérence et d´un autre côté par les stratégies américaines de « Régime change » ou de « Deconstruction State » que le Nicaragua a annoncé son retrait de l´Organisation sur la base de l´article 143 de la Charte de l´Organisation.
Bien entendu, nous dit, James BOYARD, cette pratique radicale de dénonciation de la Charte de Bogota avait d´abord été initiée en 2017 par le gouvernement du Venezuela. Toutefois, on pourrait aussi tacitement intégrer Cuba au nombre des Etats de la région qui souhaitent couper les liens avec l´OEA du fait que depuis le vote de 2009 annulant son exclusion au sein de l´Organisation, le gouvernement cubain n´a jamais voulu reprendre son siège.
Evidemment, conformément aux dispositions de cet article 143, le retrait du Nicaragua, nous rappelle le spécialiste, ne sera effectif qu’à l’usure de deux années, ce qui d’un côté laisse le temps au gouvernement nicaraguayen de reconsidérer sa position et d’un côté l’oblige à continuer de respecter ses obligations envers l’organisation, tels, le paiement des cotisations obligatoires, le respect de la Charte démocratique et le respect des Résolutions de l’OEA.

