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L’enfance vulnérable face au silence des institutions : où est passé le devoir de protection de l’État ?

Port-au-Prince, 26 août 2026 — Il y a des images que l’on regarde quelques secondes avant de poursuivre son chemin. Et puis, il y a celles qui devraient nous empêcher de dormir.

Cette photographie montre une petite fille, visiblement très jeune, endormie à même le béton, au bord d’une chaussée, quelques effets personnels posés à ses côtés. Autour d’elle, la ville continue de fonctionner. Les passants circulent, les véhicules passent, la vie suit son cours.

Mais depuis quand la présence d’un enfant dans une telle situation est-elle devenue une scène ordinaire ?

L’enfance vulnérable face au silence des institutions : où est passé le devoir de protection de l’État ?

Qui veille sur cette enfant pendant qu’elle dort ?
Qui s’assure qu’elle est en sécurité ?
Qui se demande si elle a mangé ?
Qui sait d’où elle vient et pourquoi elle se retrouve dans la rue ?

Et surtout : où sont les institutions chargées de la protéger ?

Où est le système de protection ?

En Haïti, le Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST) existe. L’Institut du Bien-Être Social et de Recherches (IBESR) existe également. Ces institutions ont notamment pour mission de contribuer à la protection sociale et à la protection de l’enfance.

Alors, lorsqu’un enfant vulnérable est retrouvé dans la rue, que se passe-t-il concrètement ?

Existe-t-il un mécanisme permettant à un citoyen de signaler rapidement une telle situation ?

Qui reçoit le signalement ?
Qui se déplace ?
Dans quel délai ?
Quelles mesures sont prises pour mettre l’enfant à l’abri ?

L’IBESR dispose-t-il aujourd’hui des moyens humains, matériels et logistiques nécessaires pour intervenir rapidement face à de telles situations ?

Où sont les travailleurs sociaux ?
Où sont les équipes d’intervention ?
Où sont les structures d’accueil d’urgence ?
Combien de centres sont réellement opérationnels ?
Et après la prise en charge, qui assure le suivi de l’enfant ?

Ces questions deviennent encore plus importantes lorsqu’on réalise que cette petite fille n’est probablement pas un cas isolé.

Combien sont-ils ?

Combien d’enfants dorment aujourd’hui dans les rues de Port-au-Prince et dans les autres villes du pays ?

Combien vivent dans des conditions similaires sans jamais apparaître sur une photographie ?

Combien sont exposés quotidiennement à la faim, aux violences, aux intempéries, à la mendicité forcée ou à différentes formes d’exploitation ?

Et surtout, combien de ces enfants sont déjà connus des services sociaux de l’État ?

Derrière cette image, il peut y avoir une famille déplacée, une mère ou un père sans ressources, une perte de logement, une situation de violence ou une pauvreté devenue impossible à supporter.

Il ne s’agit donc pas de condamner les parents qui, eux-mêmes, peuvent être victimes d’une précarité extrême.

Il s’agit de demander : où est la réponse publique lorsque la vulnérabilité d’un enfant devient visible ?

Entre les annonces et la réalité

L’IBESR continue d’affirmer son engagement en faveur de la protection et du bien-être des enfants. Les autorités parlent également de renforcer les mécanismes de protection sociale.

Mais entre les discours, les programmes et la réalité quotidienne, n’existe-t-il pas un fossé que l’on refuse de regarder ?

À quoi servent les mécanismes de protection s’ils ne peuvent atteindre les enfants les plus exposés ?

À quoi servent les institutions si un enfant peut dormir sur un trottoir sans qu’une intervention soit déclenchée ?

Et peut-on réellement parler de protection de l’enfance lorsque celle-ci dépend de la publication d’une photo sur les réseaux sociaux ?

Une question de conscience

Cette photographie devrait finalement nous poser une question beaucoup plus profonde.

Sommes-nous encore capables de nous indigner face à la vulnérabilité d’un enfant sans attendre qu’une image devienne virale ?

Cette petite fille ne devrait pas avoir besoin d’être photographiée pour que quelqu’un se demande si elle va bien.

Elle ne devrait pas avoir besoin de devenir une publication, un partage ou un sujet de débat pour attirer l’attention des institutions.

Elle devrait simplement être protégée.

Alors, si le MAST et l’IBESR disposent de structures, de programmes et de professionnels chargés de la protection sociale et de l’enfance, une question demeure :

Où sont-ils lorsque les enfants les plus vulnérables sont sous nos yeux ?

Et si le système existe réellement, comment fonctionne-t-il ?

Qui peut appeler ?
Qui intervient ?
Qui accueille ?
Qui protège ?
Qui accompagne ?
Qui rend compte ?

Parce qu’un pays ne peut pas prétendre protéger son avenir tout en laissant ses enfants dormir sur les trottoirs.

Derrière cette photographie, il n’y a donc pas seulement une petite fille qui dort.

Il y a une question adressée à l’État, aux institutions et à notre propre conscience : qui veille réellement sur nos enfants ?

Giovanni D. BIEN-AIME

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