Carrefour-Feuilles : « Un abri n’est pas une maison », les déplacés lancent un cri d’alarme

En pleine préparation des prochaines élections législatives et exécutives en Haïti, le pays continue de faire face à une situation sécuritaire difficile et incertaine, particulièrement dans le département de l’Ouest. À Carrefour-Feuilles, des familles déplacées depuis près de deux ans réclament la possibilité de retourner dans leurs quartiers et de retrouver leurs maisons.
Depuis près de deux ans, une grande partie de la population de Carrefour-Feuilles a été contrainte de fuir son domicile en raison de l’insécurité. Des familles ont dû abandonner leur quotidien, leurs biens, leurs habitudes et leur communauté, sans savoir où elles pourraient trouver refuge.
Certaines ont quitté la région métropolitaine de Port-au-Prince, tandis que d’autres vivent encore dans des camps et des sites d’hébergement précaires. Au quotidien, ces familles sont confrontées à l’insalubrité, à l’insécurité, aux violences basées sur le genre, à la précarité, mais aussi aux traumatismes et aux pertes en vies humaines.


Après près de deux années loin de chez elles, une question revient avec insistance : jusqu’à quand la population de Carrefour-Feuilles devra-t-elle rester dans les camps ?
C’est dans ce contexte qu’un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants originaires de Carrefour-Feuilles lance, ce dimanche 23 août 2026, un cri d’alarme à l’attention des autorités et de la population haïtienne.
Sous le thème « Abri yo pa kay nou, nou gen pwòp kay pa nou », les habitants déplacés veulent rappeler une réalité simple : un abri n’est pas une maison. Ils souhaitent pouvoir retourner chez eux, retrouver leur quartier et reprendre une vie normale, dans la sécurité et la dignité.
Les habitants demandent aux autorités de prendre leurs responsabilités et de travailler au rétablissement de la sécurité dans le pays, particulièrement à Carrefour-Feuilles, afin de permettre aux familles déplacées de rentrer chez elles.
« Le peuple doit rentrer. Le pays a besoin de paix et de stabilité. Haïti doit renaître. La population de Carrefour-Feuilles a besoin de vivre, de retrouver sa maison et de reconstruire sa vie », a déclaré l’un des organisateurs du mouvement.

Parce qu’un camp peut constituer un refuge temporaire, mais il ne remplacera jamais une maison.
Au-delà de la situation particulière de Carrefour-Feuilles, cette mobilisation met en lumière la réalité de milliers de personnes déplacées à travers le pays. Derrière les chiffres et les statistiques se trouvent des familles qui ont perdu leur maison, leur stabilité et, parfois, leurs proches.
La question du retour des personnes déplacées ne devrait donc pas être uniquement abordée sous l’angle politique ou sécuritaire. Elle concerne également la dignité humaine et le droit de chaque citoyen à vivre en sécurité dans sa propre communauté.
Alors que le pays se prépare à tourner une nouvelle page politique, les voix des populations déplacées doivent également être entendues. Il ne peut y avoir de véritable reconstruction nationale sans sécurité, sans stabilité et sans la possibilité, pour les familles déplacées, de retrouver leur chez-soi.
Jacques Stevenson Saint Louis
