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HAÏTI : URGENCE POUR LE RESPECT ET LA GOUVERNANCE DU PATRIMOINE HISTORIQUE

De la tragédie de la Citadelle Laferrière à l’impératif d’une politique nationale de sauvegarde

Par Evans PAUL

UNE TRAGÉDIE RÉVÉLATRICE

HAÏTI : URGENCE POUR LE RESPECT ET LA GOUVERNANCE DU PATRIMOINE HISTORIQUE

Le drame survenu à la CITADELLE LAFERRIÈRE, le samedi 11 avril 2026, ayant causé la mort d’au moins trente personnes, fait une trentaine de blessés et laissé un nombre encore imprécis de disparus, dont certains ont péri dans les falaises, parmi de jeunes participants à une activité de loisirs, dépasse largement le cadre d’un accident tragique.

Il constitue un révélateur brutal des défaillances structurelles qui affectent la gestion, la sécurisation et le respect du patrimoine historique national.

La mobilisation de plusieurs milliers de jeunes, sans encadrement rigoureux ni dispositif de sécurité approprié, sur un site perché à près de 900 mètres d’altitude, dominant les communes de Milot, de la Plaine-du-Nord et de Dondon, pose une question essentielle :

Qui protège réellement le patrimoine haïtien, et selon quelles normes ?

UN HÉRITAGE HISTORIQUE D’UNE VALEUR EXCEPTIONNELLE

La Citadelle Laferrière n’est pas un simple site touristique. Elle est un symbole majeur de souveraineté, de résistance et de génie stratégique.

Édifiée entre 1805 et 1820 sous le règne d’Henry Christophe, elle s’inscrit dans la vision défensive conçue par Jean-Jacques Dessalines après la proclamation de l’indépendance, le 1er janvier 1804, aux Gonaïves.

Cette stratégie reposait sur la construction d’un réseau de fortifications nationales, destiné à prévenir toute tentative de reconquête coloniale.

Parmi ces ouvrages emblématiques figurent :
• Le Palais Sans-Souci à Milot
• Le Fort Jacques et le Fort Alexandre dans les hauteurs de Port-au-Prince
• Les fortifications du Cap-Haïtien et de l’Artibonite

Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982, la Citadelle est reconnue comme l’une des plus grandes forteresses des Amériques et demeure, dans l’imaginaire collectif, une véritable merveille historique universelle.

UN PATRIMOINE EN DÉRIVE

Malgré l’existence de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN), le constat est préoccupant, voire alarmant.

Le patrimoine historique haïtien souffre de :
• L’absence d’une politique cohérente de gestion et de sécurisation
• Une dégradation progressive, parfois irréversible, des sites
• Des occupations anarchiques et des usages inappropriés
• Un déficit d’éducation civique et culturelle

Des exemples concrets illustrent cette dérive :
• L’exposition et la vente de vêtements usagés (pèpè) sur des sites symboliques comme la statue de Toussaint Louverture à Breda
• Les actes de vandalisme autour des monuments de Vertières
• La dégradation du Palais aux 365 portes à Petite-Rivière de l’Artibonite, envahi par des installations administratives inadaptées
• L’abandon des vestiges impériaux à Marchand-Dessalines

Ces réalités traduisent une vérité préoccupante :
le patrimoine historique haïtien est livré à lui-même.

DE LA MÉMOIRE À LA RESPONSABILITÉ

La tragédie du 11 avril 2026 doit constituer un point de bascule.

Elle impose une prise de conscience nationale autour de quatre impératifs :
• Le respect des lieux de mémoire
• La professionnalisation de leur gestion
• La sécurisation effective des sites
• Leur valorisation éducative, culturelle et touristique

Car une nation ne se construit pas uniquement par ses institutions.
Elle se construit aussi par la préservation consciente de sa mémoire collective.

POUR UNE POLITIQUE NATIONALE DU PATRIMOINE

Il est désormais indispensable de mettre en œuvre une politique publique structurée autour de cinq axes stratégiques :

  1. Sécurisation des sites
    • Mise en place de dispositifs de contrôle des accès
    • Encadrement strict des événements publics
    • Élaboration de normes de sécurité adaptées
  2. Gouvernance institutionnelle
    • Renforcement du rôle et des moyens de l’ISPAN
    • Coordination entre les institutions publiques concernées
    • Décentralisation de la gestion du patrimoine
  3. Éducation citoyenne
    • Sensibilisation des jeunes à la valeur du patrimoine
    • Intégration du patrimoine dans les programmes scolaires
    • Promotion du civisme culturel
  4. Valorisation économique
    • Développement d’un tourisme historique structuré
    • Création d’emplois autour du patrimoine
    • Mise en place de partenariats public-privé
  5. Protection juridique
    • Application rigoureuse des lois existantes
    • Renforcement des sanctions à l’encontre de toute forme de profanation ou de négligence affectant le patrimoine historique

UNE EXIGENCE DE DIGNITÉ NATIONALE

En rendant hommage aux jeunes disparus, cette tragédie doit être transformée en levier de conscience collective.

Le patrimoine historique d’Haïti n’est pas uniquement un héritage du passé.
Il constitue un atout stratégique pour l’avenir, un socle de dignité, d’identité et de continuité nationale.

Le protéger, c’est honorer notre histoire.
Le valoriser, c’est préparer notre avenir.

SYNTHÈSE : UN IMPÉRATIF NATIONAL

Le drame de la Citadelle Laferrière ne doit pas être relégué au rang de fait divers.
Il doit devenir un signal d’alerte national majeur.

Une nation qui néglige son patrimoine affaiblit son âme.
Une nation qui protège sa mémoire construit sa puissance.

CENTRE ABC : ATIZAN BON CHANJMAN
Delmas, Haïti
Dimanche 12 avril 2026

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