Haïti : l’ONLCC s’alarme d’un contrat de 542 millions USD signé sans appel d’offres

L’Observatoire national de lutte contre la corruption (ONLCC) exprime de vives préoccupations autour d’un contrat de plus de 542 millions de dollars américains signé entre l’État haïtien et des firmes de sécurité étrangères. L’organisation dénonce une entente conclue sans appel d’offres et dans un climat d’opacité, tout en pointant l’absence de résultats concrets dans les opérations censées contribuer à endiguer l’insécurité dans le pays.
Dans un communiqué publié le 2 mars 2026, l’Observatoire national de lutte contre la corruption (ONLCC) a vivement dénoncé la validation, par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), d’un contrat estimé à 542 634 238 dollars américains, conclu pour une durée de dix ans avec la firme Ever Green. Selon l’organisation, cet accord, passé de gré à gré et sans appel d’offres, soulève de sérieuses interrogations quant au respect des principes de transparence, de bonne gouvernance et de reddition de comptes dans la gestion des fonds publics.

L’Observatoire rappelle par ailleurs qu’une année s’est déjà écoulée depuis que le gouvernement collabore avec un groupe de sécurité dirigé par l’ancien dirigeant de la société militaire privée Blackwater, Erik Prince, notamment à travers l’utilisation de drones dans les opérations de lutte contre les gangs armés. Toutefois, déplore l’ONLCC, aucun résultat tangible n’aurait été enregistré à ce jour, aucun des chefs de la coalition criminelle « Viv Ansanm » n’ayant été appréhendé ni neutralisé.
Parallèlement, l’organisation affirme que les autorités continuent d’entretenir le flou autour du coût réel d’un premier contrat lié à ces opérations sécuritaires, dont le montant serait estimé entre 45 et 46 millions de dollars américains. Cette absence de communication officielle, alors même que ces dépenses sont financées par les ressources du Trésor public, alimente, selon l’institution, de légitimes préoccupations quant à d’éventuelles irrégularités dans la gestion des fonds publics.
L’ONLCC s’interroge également sur la décision de la CSCCA de valider le contrat attribué à la firme Ever Green, alors que, d’après certaines informations relayées dans la presse, le dossier aurait été initialement retourné pour irrégularités. L’organisation estime qu’un engagement financier d’une telle ampleur aurait dû, en principe, faire l’objet d’un débat national approfondi ou recevoir l’aval du Parlement, aujourd’hui dysfonctionnel.
Au-delà des considérations procédurales, l’Observatoire met également en avant la question de la souveraineté nationale. Il s’interroge notamment sur la pertinence d’engager plusieurs centaines de millions de dollars au profit de firmes étrangères, alors que ces ressources pourraient, selon lui, être consacrées au renforcement et à l’équipement des Forces armées d’Haïti (FAd’H) ainsi que de la Police nationale d’Haïti (PNH).
Face à ces nombreuses zones d’ombre, l’ONLCC appelle les forces vives de la nation, les acteurs politiques ainsi que les institutions concernées à exiger des explications claires et à se prononcer sur ces choix sécuritaires jugés à la fois coûteux et controversés. Pour l’organisation, la lutte contre l’insécurité ne saurait se concevoir au détriment des principes fondamentaux de transparence, de redevabilité et de bonne gouvernance.
FCN/Haïti
