
» Vivre dans ce camp de déplacés est un véritable calvaire pour moi. Je n’aurais jamais imaginé me retrouver dans une pareille situation. Ici, on est dépourvu de tout. Personne ne se soucie de nous.Mon état sanitaire actuel sans compter la crise sécuritaire du pays constituent des obstacles majeurs m’empêchant de répondre valablement à mes occupations quotidiennes. Je souffre atrocement « , déclare Dieuseul Thermitus, un déplacé interne du camp du ministère de la communication.
Agé de 58 ans, cet homme ne cesse de fuir la violence des groupes armés pour sauver sa peau. Père de trois filles, M. Thermitus vivait à Pernier. Face à l’assaut des hors la loi dans cette zone située à la jonction de la Plaine du Cul de Sac, il a dû déménager pour se rendre à « Tèt dlo « , dans la commune de Pétion-Ville, puis à Pèlerin, ensuite à Carrefour Feuilles. Aujourd’hui, cet ancien militaire vit tant bien que mal dans le camp des déplacés du ministère de la Communication, depuis neuf mois maintenant. Ce n’est plus le guerrier, l’intrépide, lorsqu’il rentrait l’académie militaire dans les années 80.

La vie de Thermitus, un vrai miracle
Perché sur le toit du bâtiment qui logeait, jusqu’au 29 février dernier, le Ministère de la communication, ses béquilles appuyées sur sa poitrine, M. Thermitus raconte son histoire que personne n’oserait croire et pourtant elle est bien réelle : « J’étais chauffeur dans une institution. Un jour, dans le cadre de mon travail, j’ai subi un accident qui a failli me coûter la jambe gauche. Selon le médecin, j’ai eu de multiples fractures. On m’a opéré à maintes reprises et aujourd’hui, il m’est impossible de me déplacer sans mes béquilles. Ne Pouvant plus répondre à mes obligations familiales, ma femme a emmené nos enfants avec elle et m’a abandonné à mon triste sort. Je n’avais pas d’autre choix que d’aller vivre seul à Carrefour-Feuilles, en raison de mes faibles moyens économiques. Mais hélas, les groupes armés m’ont encore déguerpi. Actuellement, je me réfugie ici où je vis un enfer ».
« Comme cela ne suffisait pas, je souffre d’ulcère gastrique. Dans ce camp, la nourriture et l’eau sont des produits rares. Certaines fois, je passe presque une journée sans un morceau de pain. Une situation qui aggrave davantage mes douleurs et mes peines. Je n’ai pas les moyens de me procurer des médicaments. Ici dormir, se laver, aller à la selle et autres restent pour moi de véritables fardeaux vu mon immobilité « , a-t-il poursuivi, le visage triste.
La misère des familles : une réelle préoccupation dans ce site
Léon Marie Lina, porte-parole du comité du camp, a reporté que la situation est alarmante. Selon elle, les 1150 locataires de cet espace vivent dans une précarité sans pareille. Ils sont abandonnés par les services publics. Ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts afin de subvenir à leurs besoins ».Certaines fois, lors des visites de supervision du camp, on remarque des gens pleurant amèrement de leur situation. Plusieurs d’entre eux évoquent les questions de la faim, de la soif et de la douleur pour justifier leurs larmes. C’est triste de regarder des jeunes, des vieillards, des parents et même des gens à mobilité réduite pleurer comme des enfants à cause de la faim « , a-t-elle fait savoir.

Tout comme Thermitus, Myrtho Casimir est une autre occupante de ce site de déplacés. Avant, cette jeune femme d’une trentaine d’années habitait la rue de l’enterrement, au centre-ville de Port-au-Prince. En un clin d’œil, cette femme a tout perdu, sa maison a été incendiée avec tout ce qu’elle contenait. Aujourd’hui, Myrtho vit dans ce camp malgré elle.

« Je n’ai jamais rêvé un moment si lamentable dans ma vie. Je suis enceinte de plusieurs mois. Je n’arrive pas à me reposer vraiment. Lorsqu’il pleut, on reste debout, à attendre que ça passe pour ensuite sécher le sol et étendre une couverture avant de pouvoir mieux reposer son corps. Pour se rendre au bloc sanitaire, on doit payer, sans cet argent, impossible d’y avoir accès. « , se plaint-elle. Cette femme en pleine ceinture qui souffre de l’asthme, cette maladie qui nuit à la respiration, traverse une véritable péripétie de cet encombrement.
Les déplacés internes occupant le camp du ministère de la Communication, au Bois-Verna, traversent l’une des périodes les plus difficiles de leur vie, en tant qu’êtres humains. Leurs cris sont perçants. Ils souhaitent que les autorités souhaitent que les autorités étatiques répondent à leurs obligations régaliennes. Ces gens, dont la majorité viennent de la commune de Carrefour-Feuilles, espèrent recevoir une assistance sociale, médicale, psychologique et financière, en attendant de pouvoir retourner chez eux et vivre paisiblement leur vie, comme avant.
Esperancia Jean Noel

