Editorial

La chronique de Jean MAPOU:Dans la presse comme dans la piscine de Bethesda


Par Jean Junior JOSEPH

Lors de récentes manifestations dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, des journalistes sont sortis victimes d’entre-autres brutalités policières… Situation révoltante, tentative de musèlement de la presse ou violation des libertés individuelles… bref signe avant-coureur de la manifestation d’une dictature dans le pays; ce sont là les principaux thèmes des interventions dans la plupart des médias de la capitale. Comment en sommes-nous arrivés là?

En 2006, alors que je fus directeur à l’information à radio Nouvelle Génération, on me confia plus d’une dizaine de reporters, mais sur la cour de l’immeuble situé à Delmas 64, près d’une centaine d’autres journalistes attendaient désespérément qu’on leur accorde juste une petite chance. Ils venaient de suivre un «séminaire de formation» avec Moloskot, et se sentaient lourdement armés pour le béton. Leur obstacle était que je suis très exigeant, surtout pour si peu d’élus il y en eu de trop nombreux appelés.

Ils allèrent quand même avoir une carte de presse à titre de journaliste de GRAND DOSSIER (Une émission animée à l’époque par le feu Laventure Ernest Edouard/Moloskot). On pouvait compter des centaines de jeunes des deux sexes à travers tout le territoire national, dans tous quartiers à brandir leurs magnétophones pour questionner monsieur tout le monde et madame la foule. Tout est rapporté, même les chiens écrasés, au show de Moloskot. Certains eurent à dire que ce fut très utile et ces jeunes gens inconsciemment selon les mauvaises langues, servirent d’espion au gouvernement d’alors pour pénétrer dans les quartiers chauds; leur badge était la couverture parfaite et les faits rapportés auraient été servis à contrecarrer l’opération Bagdad.

Nous sommes en 2007, René G. Préval, à peine investi président d’Haïti. Les vieux démons ressurgissent. Dossier coopérative, employés révoqués etc. Lors d’une manifestation des femmes victimes de coopérative, je tombai sur un jeune-homme qui réparait des appareils électroniques à la rue des miracles. Chemise cravatée, bien sapé pour le tourne-vice! Lui-dis-je? Ah! Non, je ne suis plus là-bas, je me jette maintenant dans le journalisme… répondit-il.

Abasourdi par sa naïveté voilée sous sa fougue de jeune journaliste, je me suis rappelé le passage racontant l’histoire de Batimé dans le nouveau testament. L’aveugle se tint près de la piscine miraculeuse de Bethesda attendant son agitation pour s’y jeter et y puiser la guérison de son mal; bref!

Il y a près de vingt ans, notre société est devenue une gigantesque piscine de Bethesda avec des ramifications dans tous les secteurs. Aujourd’hui l’agitation dans la presse est caractérisée par la présence des médias en ligne, non répertories, évoluant en dehors des schémas tracés. Mais qui a eu la responsabilité de tracer la voie à suivre pour cette génération? Qu’ont-ils fait? Où sont-ils passés en ses temps orageux de l’histoire de la presse en Haïti? Considérant ma dernière anecdote, cela fait longtemps depuis que c’est la profession du journalisme même qui est devenue une piscine de Bethesda pour les renégats, les invalides et les repris de justice.

Qui sait si des chefs de gangs, ayant leur propre réseau d’information ou média en ligne, n’ont pas dépêché leur lieutenant muni d’une carte de presse en ligne pour identifier et exécuter leur victime? Tout comme la police est infestée de membres de gangs, jadis sans nom, sans visage dans le registre de la DCPJ… Passons!

Les associations de presse sont trop occupées à magouiller, les patrons à s’enrichir du mauvais sort des journalistes, les ainés sont déjà trop perdus dans leur obscurantisme. [La génération de journalistes d’après les années 2000 était déjà condamnée…] Sans vouloir me faire l’avocat du diable, pour des journalistes qui collaboreraient avec des gangs, j’aurais aimé que les agents de Police Nationale d’Haïti (pas forcément les hommes en uniformes…) comprennent que ces jeunes équipés d’un Smartphone, prétextant travailler pour une presse en ligne soi-disant internationale, sont comme eux des laissés pour contre, dont la pratique et la réalité quotidienne n’est pas très différentes des leurs.

Lorsqu’ils sont allés voir un chef de gang pour une prétendue interview, ils rencontrent souvent des policiers dont ceux qui les auront matraqués au cours des manifestations, peut-être pour les réduire au silence, ou pour ne plus partager les butins des casses, vols ou kidnapping? Autant que les forces de l’ordre, les journalistes prennent les mêmes risques dans l’exercice de leur profession. Il y en a, peut-être, parmi eux qui sont monnayés par les gangs; mais des policiers véreux le sont peut-être aussi. Demandons-nous donc pourquoi punir uniquement l’âne quand tous ont pêché. Vous connaissez le salaire du celui-ci.

La politique, la religion, la culture, la famille, l’école, la presse, la police… toutes les sphères de la société d’aujourd’hui traversent cette turbulence. Alors j’aimerais comprendre pourquoi ce discours acharné contre la presse et notamment contre les médias en ligne. Dans une société libre les journalistes jouent un rôle de gardien face aux pouvoirs publics, les médias sont les poumons de la démocratie. Mais quelle démocratie ou société ayant les libertés individuelles comme base traite ses journalistes et ses agents de l’ordre, comme nous le faisons chez nous? Ou tout simplement quel peuple sain d’esprit, censé doué de raison accepterait le sort que nous nous infligeons. Il faut que les choses changent…

Vive une société libre et démocratique! Vive une presse et une police professionnelles et encadrées! Non à l’agitation, oui à la cohésion sociale.

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