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Une vente-signature couronnée de succès : Me Jean Renel Sénatus donne une voix juridique aux morts

À travers un nouvel ouvrage intitulé Droit mortuaire: De la mort juridique à la zombiphobie », le juriste et ancien sénateur de la République Jean Renel Sénatus invite la société haïtienne à porter un regard nouveau sur les pratiques funéraires, la protection des cadavres et la dignité des personnes décédées. Présenté le dimanche 1er novembre 2026, à Pétion-Ville, ce travail de recherche soulève des questions juridiques, culturelles et sociales qui interpellent aussi bien les institutions publiques que les familles et les professionnels du secteur mortuaire.

La mort marque la fin de la vie, mais elle ne met pas nécessairement un terme aux obligations juridiques et sociales qui entourent une personne. De la constatation officielle du décès à l’organisation des funérailles, en passant par la conservation des dépouilles et la gestion des cimetières, plusieurs questions méritent une attention particulière. C’est autour de ces préoccupations que Me Jean Renel Sénatus a construit son ouvrage consacré au droit mortuaire en Haïti.

La présentation de cette publication s’est déroulée le dimanche 1er novembre 2026, dans le cadre d’une journée commémorative organisée à l’occasion du premier anniversaire de l’incendie qui avait ravagé les locaux de l’Université Soleil d’Haïti (USH) et de Radio Émancipation FM. Devant plusieurs personnalités issues des milieux juridique, politique et institutionnel, l’ancien parlementaire a exposé les principales orientations de ses recherches ainsi que les réflexions qui ont nourri son travail.

Une vente-signature couronnée de succès : Me Jean Renel Sénatus donne une voix juridique aux morts

Parmi les personnalités présentes figuraient notamment la mère et le père de Jean Renel Sénatus, l’ancien premier ministre Evans Paul dit K-Plume, l’ancien président du Sénat Kelly Cledor Bastien, l’ancien sénateur Jean-Marie Salomon, le Directeur de cabinet du Premier ministre Fils-Aimé, Me Axène Joseph, l’ancien Bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Carlos Hercule, l’ancien juge Jean Claude Douyon, Me André Michel, le Rév. Pasteur Sylvain Exantus, l’Agr. Jean André Victor, Me Lacks-Guvens Cadette, l’écrivaine Djina Guillet Delatour, l’ambassadeur de le République de Chine (Taïwan) en Haïti, Cheng Hoa HU, Syndicaliste Junior Léo, la Coordonnatrice du RENAGSANG Nancy Lainé, le Directeur exécutif du OCNH, Me Camille Occius, l’ancien député Déus Deronette ainsi que l’écrivain Jean Rodlet Jean Baptiste.

Intitulé Droit mortuaire : De la mort juridique à la zombiphobie, le livre est le fruit de plusieurs années de recherche. L’auteur a toutefois tenu à préciser qu’il ne s’agissait pas de la publication intégrale de sa thèse doctorale, mais d’un ouvrage distinct, structuré en quatre chapitres comprenant chacun trois sections.

Pour mieux cerner les fondements de cette discipline, Jean Renel Sénatus s’est d’abord intéressé aux différentes conceptions de la mort. Il a notamment mis en évidence la distinction entre la mort clinique et la mort encéphalique, deux notions dont la compréhension revêt une importance particulière dans la détermination juridique du décès. Dans le prolongement de cette réflexion, il a abordé la question de la zombification ainsi que celle de la « zombiphobie », une notion qu’il inscrit dans le cadre de ses travaux de recherche.

La dignité des défunts au cœur des préoccupations

L’auteur a accordé une place importante au traitement réservé aux personnes décédées et à leurs dépouilles. Il a notamment attiré l’attention sur certaines pratiques susceptibles de porter atteinte à l’intégrité des corps, notamment les mutilations et les interventions non encadrées sur les restes humains. À cet égard, Jean Renel Sénatus estime que le respect des morts ne saurait reposer exclusivement sur les traditions ou les usages communautaires. Il devient donc nécessaire de définir des règles permettant de prévenir les abus, de protéger les dépouilles et de préserver les droits des familles endeuillées.

Toutefois, cette exigence de réglementation ne signifie pas qu’il faille écarter les réalités culturelles du pays. Bien au contraire, le juriste a souligné l’importance de prendre en considération les croyances populaires, les traditions ancestrales et les pratiques religieuses qui façonnent le rapport des Haïtiens à la mort. Il a notamment évoqué les traditions vodou, dont certaines manifestations nécessitent, selon lui, une compréhension fondée sur les connaissances ethnographiques et anthropologiques.

Des cimetières à la gestion des restes humains: des enjeux qui interpellent les autorités

Dans cette même perspective, l’organisation et le fonctionnement des cimetières ont occupé une place significative dans sa présentation. En distinguant les cimetières traditionnels des infrastructures funéraires modernes, Jean Renel Sénatus a mis en lumière les différentes réalités qui caractérisent ces espaces en Haïti. Selon ses réflexions, leur gestion appelle une meilleure organisation, une modernisation des infrastructures et un encadrement institutionnel plus rigoureux. Il a également évoqué la contribution que pourrait apporter le Bureau national d’ethnologie dans l’étude et la préservation des pratiques culturelles liées à la mort.

Par ailleurs, plusieurs opérations concernant les dépouilles et les restes humains soulèvent des interrogations auxquelles le droit doit apporter des réponses précises. L’exhumation, le déplacement des ossements, leur conservation ainsi que les interventions éventuelles des autorités policières constituent autant de situations qui nécessitent des dispositions claires. Pour les examiner, l’auteur fait appel à différentes branches du droit, notamment le droit civil, le droit pénal et le droit territorial, sans négliger les conventions applicables ni les considérations culturelles et religieuses.

Les dernières volontés et la responsabilité des institutions

Dans la continuité de son exposé, l’ancien commissaire du gouvernement a également abordé les responsabilités qui entourent l’exécution des dernières volontés des personnes décédées. Il a notamment rappelé l’importance du testament et de la nécessité de respecter les dispositions prises par chacun de son vivant. La question concerne également les autorités locales et judiciaires, particulièrement lorsque des différends surviennent autour des sépultures, des héritages ou de l’application des dernières volontés. À ce titre, Jean Renel Sénatus a souligné le rôle que peut jouer le maire dans certaines démarches relevant de la gestion locale de ces situations.

Pour étayer davantage sa réflexion, l’auteur a fait référence à plusieurs expériences étrangères, notamment celles du Bénin, du Rwanda, des États-Unis et du Canada. Ces références lui ont permis d’établir des rapprochements entre différentes approches juridiques et les réalités observées en Haïti.

Il plaide ainsi pour l’élaboration d’une véritable politique publique du droit mortuaire, capable d’encadrer les inhumations, les exhumations, la gestion des cimetières et les activités économiques liées aux services funéraires. Il met également en garde contre les dérives commerciales qui peuvent entourer les obsèques, estimant que les familles endeuillées doivent être protégées contre d’éventuels abus dans ces moments particulièrement éprouvants.

En définitive, à travers cet ouvrage, Jean Renel Sénatus entend élargir le débat sur une dimension souvent peu explorée du droit haïtien. Son travail rappelle que la dignité humaine ne devrait pas être reléguée au second plan après le décès et que les pratiques entourant la mort méritent autant d’attention juridique que de considération culturelle. Une réflexion qui invite les institutions, les professionnels concernés et l’ensemble de la société à mieux penser la protection des défunts et les droits de ceux qui leur survivent.

FCN/Haïti

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