Élections en Haïti: la volonté du gouvernement Fils-Aimé mise à l’épreuve

L’Observatoire haïtien pour le droit et la liberté de la presse (OHDLP) et l’Institut de hautes études en sciences électorales (INHESE) appellent à évaluer la volonté du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé d’organiser les élections générales. Dans une analyse signée par Alex Calas, les deux structures soulignent que la crédibilité du scrutin dépendra des résultats en matière de sécurité, du financement des opérations et du respect de l’indépendance du Conseil électoral provisoire (CEP).
La tenue d’élections générales en Haïti demeure confrontée à d’importants défis sécuritaires, institutionnels et logistiques. Alors que le calendrier électoral prévoit un premier tour le 13 décembre 2026, des interrogations persistent sur la capacité des autorités à réunir les conditions nécessaires à un scrutin crédible, inclusif et transparent.


Dans une analyse sociopolitique et électorale, Alex Calas, directeur exécutif de l’OHDLP/INHESE, estime que la volonté politique du gouvernement ne peut être appréciée uniquement à partir des déclarations officielles. Elle doit également se mesurer aux décisions prises, aux ressources mobilisées et aux résultats obtenus sur le terrain.
Sans affirmer que l’administration d’Alix Didier Fils-Aimé cherche délibérément à empêcher les élections, l’analyste souligne la nécessité de soumettre ses engagements à une évaluation fondée sur des faits vérifiables.
La sécurité, principal obstacle au scrutin
L’insécurité constitue l’un des défis majeurs du processus électoral. L’emprise des groupes armés sur plusieurs territoires, les déplacements forcés et les restrictions de circulation risquent de compromettre la participation des électeurs et les activités des candidats.
Pour Calas, les autorités doivent notamment démontrer leur capacité à sécuriser les axes routiers, à protéger les centres d’inscription et de vote et à prévenir les intimidations politiques.
Il estime toutefois que l’insécurité ne doit pas servir de justification à une transition politique prolongée sans échéance crédible. Le gouvernement doit donc agir simultanément pour améliorer la sécurité et permettre la poursuite des préparatifs électoraux.
Le CEP face aux exigences de crédibilité
Le Conseil électoral provisoire a déjà engagé plusieurs opérations préparatoires. Selon les données citées dans l’analyse, l’institution faisait état de 1 285 centres d’inscription et de vote opérationnels au 21 septembre 2026.

Calas considère néanmoins que l’ouverture de ces centres ne suffit pas à garantir la tenue d’élections accessibles à tous. La couverture territoriale, la fiabilité des listes électorales, la disponibilité du matériel et la participation des populations déplacées figurent également parmi les éléments à évaluer.
L’analyste insiste par ailleurs sur la nécessité de préserver l’indépendance du CEP et de garantir la transparence de ses décisions. Le gouvernement doit, de son côté, mettre à disposition les ressources financières, humaines et logistiques nécessaires au déroulement des opérations.
L’OHDLP/INHESE plaide également pour la protection des journalistes, des observateurs et des organisations de la société civile, dont le rôle est essentiel dans le contrôle du processus et la lutte contre la désinformation.
Des résultats concrets attendus des autorités
Pour renforcer la crédibilité des élections, Alex Calas recommande notamment la publication régulière de bilans sécuritaires, la transparence dans la gestion des ressources électorales, la protection des libertés publiques et la mise en place de mécanismes efficaces de prévention des violences et de traitement des contestations.
Il appelle également les autorités à communiquer clairement sur l’état d’avancement des préparatifs et sur les éventuels obstacles susceptibles de compromettre le calendrier.
À ses yeux, l’enjeu dépasse la simple organisation matérielle du scrutin; il concerne la restauration de la confiance entre l’État et la population, ainsi que le retour à des institutions démocratiquement légitimes.
«Haïti a besoin d’élections, mais pas d’élections à n’importe quel prix», soutient en substance l’analyse, qui insiste sur la nécessité de concilier sécurité, participation citoyenne et respect des principes démocratiques.
FcnHaĩti

