Kenscoff, au-delà de la question, où était la Police ?, toute la chaîne sécuritaire doit rendre des comptes

Le massacre survenu dans la nuit du 23 au 24 août 2026 à Kenscoff impose un examen rigoureux du dispositif national de sécurité. Des habitants ont été tués, des maisons incendiées et des familles décimées. Face à une telle tragédie, la question « où était la Police ? » s’impose naturellement. Elle reste toutefois insuffisante pour comprendre les défaillances qui ont précédé, accompagné et suivi l’attaque.
La Police nationale d’Haïti doit répondre de sa mission. Elle doit notamment expliquer ses choix opérationnels, le déploiement de ses unités, sa capacité de réaction et les éventuelles erreurs commises sur le terrain. Mais lui attribuer à elle seule la responsabilité de la sécurité nationale reviendrait à ignorer les autres institutions qui composent la chaîne sécuritaire de l’État.

Le Conseil supérieur de la Police nationale, le ministère de la Justice et de la Sécurité publique,le ministère de la Défense, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, les Forces armées d’Haïti et les structures chargées du renseignement ont chacun des responsabilités qui doivent être examinées.
La sécurité ne commence pas au moment où les policiers interviennent. Elle commence bien avant, avec le renseignement, l’analyse des menaces, l’anticipation, la planification et la prise de décision. Elle se poursuit avec la mobilisation des moyens, la coordination entre les institutions et la stabilisation des zones attaquées.
Une question centrale demeure donc : qui savait qu’une offensive se préparait à Kenscoff ? Quelles informations avaient été recueillies ? Qui devait les analyser ? Ont-elles été transmises aux autorités compétentes ? Des alertes avaient-elles été émises ? Quelles décisions ont été prises après réception de ces informations ?
Cette interrogation prend une dimension particulière au regard des déclarations faites par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à la fin du mois de janvier 2025. Lors d’une visite à la Direction générale de la PNH, il avait reconnu que le gouvernement disposait d’informations concernant une offensive imminente.
Si des informations existaient avant une attaque, il devient indispensable de déterminer ce qui en a été fait. Le renseignement n’a de valeur pour la sécurité nationale que lorsqu’il permet d’éclairer une décision et de déclencher une réponse adaptée.
La question des moyens doit également être examinée. Quels crédits étaient disponibles pour le renseignement ? Quels moyens humains, matériels et financiers avaient été mobilisés ? Les communications fonctionnaient-elles ? Des renforts pouvaient-ils être déployés ? Les forces militaires ou les partenaires internationaux disposaient-ils d’instructions précises pour intervenir ?
Le drame de Kenscoff appelle donc une revue après action complète. Cette évaluation devrait établir une chronologie précise des événements, identifier les informations disponibles, retracer les décisions prises et déterminer les responsabilités institutionnelles à chaque étape.
La PNH ne doit pas être soustraite à cet examen. Elle doit rendre compte de son action. Mais elle ne peut être transformée en unique responsable d’une politique nationale de sécurité qu’elle ne définit pas seule.
La police constitue le principal bras opérationnel de l’État en matière de sécurité intérieure. Elle ne peut cependant compenser, à elle seule, les insuffisances du renseignement, les défaillances de coordination, l’absence de décisions appropriées ou le manque de moyens.
Kenscoff doit donc ouvrir un débat plus large. Celui de la responsabilité collective de l’État face à l’insécurité.
JJJ / FcnHaiti
