Haïti face à ses responsabilités : un appel au changement et à l’engagement citoyen

Notre pays est malade. Il souffre de nombreux maux qui affectent profondément notre société. Face à cette situation, nous avons besoin d’un changement à tous les niveaux : dans nos familles, dans nos institutions, dans notre manière de gouverner et, surtout, dans notre façon de penser et d’agir en tant que citoyens.
Je m’adresse aujourd’hui à vous, mes frères et sœurs haïtiens. Si vous souhaitez réellement contribuer au changement de notre pays, commencez par votre propre famille. Prenez-en soin. Pensez à vos enfants et à leur avenir. Lorsque nous abandonnons nos enfants, lorsque nous ne leur accordons ni attention, ni encadrement, ni affection, nous contribuons malheureusement à créer les conditions favorables à la délinquance juvénile et à la désintégration sociale.
Si nous sommes incapables de gérer convenablement une famille, comment pouvons-nous prétendre administrer correctement une institution ou diriger un pays ? Le changement collectif commence nécessairement par une responsabilité individuelle.
Aujourd’hui, bon nombre de nos concitoyens quittent Haïti pour chercher refuge et de meilleures conditions de vie à l’étranger. Mais posons-nous une question : si les citoyens des pays que nous considérons comme plus développés ne se souciaient que de leur intérêt personnel, de leur confort et de leur portefeuille, sans penser au bien commun et sans établir des règles pour protéger leur société, leurs pays seraient-ils aujourd’hui ce qu’ils sont ?
Il est de notre devoir de remettre certaines questions essentielles au centre du débat national. Nous devons avoir le courage de regarder nos réalités en face et de prendre des décisions qui servent l’intérêt collectif.
Si même les plus hauts responsables de l’État peuvent se retrouver confrontés à une situation d’urgence sans disposer des infrastructures médicales nécessaires pour recevoir rapidement des soins appropriés, que pouvons-nous attendre pour la population ordinaire ? Quelle que soit sa fonction, son pouvoir ou son statut, aucun citoyen ne devrait être privé d’un accès adéquat aux soins médicaux.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Est-il réellement possible de cohabiter avec les gangs et la violence organisée ? Pour ma part, je réponds clairement : non. Mais alors, pourquoi cette situation semble-t-elle devenir une obligation pour la population ? Pourquoi devons-nous accepter l’inacceptable ?
Nous sommes toujours fiers de parler de notre empereur Jean-Jacques Dessalines, père de la nation et symbole de notre libération. Mais que faisons-nous aujourd’hui de l’héritage de cette indépendance ? Que faisons-nous de la liberté conquise par nos ancêtres, en tant que première nation noire indépendante des Amériques ?
Qu’attendons-nous pour dire non à la violence ?
Notre pays est meurtri. Ses enfants souffrent et pleurent constamment. Des familles sont séparées, des vies sont brisées et l’espoir semble progressivement disparaître.
Devons-nous attendre l’arrivée d’un autre Dessalines pour nous sauver de cette crise ? Ou devons-nous enfin comprendre que le salut d’Haïti dépend également de notre propre engagement, de notre courage et de notre capacité à agir collectivement ?
Aujourd’hui, peuple haïtien, je m’adresse à vous : mes frères, mes sœurs, mes chers compatriotes, et particulièrement à la jeunesse.
Il est temps de nous réveiller.
Il est temps de dire non à la violence, non à la corruption, non à l’indifférence et non à la résignation. Nous ne pouvons plus accepter cette situation comme une fatalité.
Il est temps de prendre notre destin en main. Il est temps de comprendre que le changement que nous attendons des autres doit également commencer par nous-mêmes.
Comme le rappelle cette pensée attribuée à Pierre Corneille : « Je suis maître de moi-même comme de l’univers. » Nous devons retrouver notre capacité à penser, à agir et à assumer nos responsabilités.
Notre pays a également besoin d’institutions solides et de responsables qui croient véritablement en Haïti. Trop souvent, certains fonctionnaires et dirigeants semblent davantage préoccupés par leur avenir personnel que par la construction d’un avenir collectif.
Nous devons investir dans nos infrastructures, particulièrement dans le secteur de la santé. Il est inconcevable qu’un pays ne puisse pas offrir à ses citoyens des soins médicaux d’urgence adéquats, notamment en dehors de la capitale.
Les drames humains qui surviennent en raison de l’absence d’infrastructures sanitaires adaptées doivent nous interpeller. Lorsqu’une personne victime d’un accident doit parcourir de longues distances avant de trouver un établissement capable de lui prodiguer les soins nécessaires, c’est tout le système qui doit être remis en question.
Et vous, dirigeants d’aujourd’hui, qu’attendez-vous pour prendre des décisions concrètes ?
Nous ne pouvons pas continuer à nous contenter de discours. Haïti a besoin d’actions, de décisions, de responsabilité et d’une véritable vision nationale.
Nous devons construire des hôpitaux, renforcer nos institutions, protéger nos enfants, soutenir nos familles, améliorer notre système éducatif et rétablir la sécurité. Mais surtout, nous devons restaurer la confiance des citoyens dans leur propre pays.
Le changement ne viendra pas uniquement d’un homme, d’un président, d’un premier ministre ou d’un gouvernement. Il doit être porté par l’ensemble de la société.
Haïti nous appartient à tous.
Nous avons hérité d’une nation née d’un combat extraordinaire pour la liberté. Nous avons le devoir de préserver cet héritage et de transmettre aux générations futures un pays meilleur que celui que nous avons reçu.
Alors, peuple haïtien, réveillons-nous.
Refusons la violence. Refusons l’indifférence. Refusons la résignation.
Prenons soin de nos familles. Éduquons nos enfants. Respectons nos institutions. Exigeons des dirigeants qu’ils rendent des comptes. Engageons-nous dans la vie de notre pays.
Nous ne devons pas attendre de mourir à petit feu pour comprendre que nous avons le pouvoir d’agir.
Haïti a besoin de nous.
Et si nous voulons réellement voir naître une nouvelle Haïti, le moment n’est plus aux paroles : le moment est venu d’agir.

Yanick ODNEY, 18 août 2026

