Transition en Haïti : KNP appelle la CARICOM à réorienter son accompagnement et à renforcer la gouvernance

Dans une lettre ouverte adressée aux chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM, le 5 juillet 2026, à l’occasion de leur sommet, le mouvement KASASYON NOU PRALE (KNP) exprime ses préoccupations face à l’évolution de la transition politique en Haïti. L’organisation plaide pour une réorientation du processus, préconise des ajustements institutionnels, un dialogue politique plus inclusif, des audits indépendants de l’action gouvernementale ainsi que l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles.
La rédaction du journal FCNHAÏTI invite ses lecteurs et lectrices à lire avec attention la correspondance de Kasasyon Nou Prale (KNP) adressée État membres de la CARICOM.


No. : KNP-CAR26070503
Port-au-Prince, le 5 juillet 2026
Lettre ouverte aux Chefs d’État et de Gouvernement de la Communauté des Caraïbes (CARICOM)
Objet : Pour une réorientation urgente de la transition politique en Haïti
Excellences,
À l’occasion de votre Sommet, nous nous permettons d’attirer votre attention sur la situation particulièrement préoccupante que traverse actuellement la République d’Haïti. Notre démarche se veut à la fois responsable, constructive et guidée par le souci de contribuer à la recherche de solutions durables face à une crise qui ne cesse de s’aggraver.
Cinq ans après l’assassinat du Président Jovenel Moïse, notre pays demeure confronté à une instabilité politique persistante (sans autorités élues), à l’affaiblissement de ses institutions, à une détérioration continue de la situation sécuritaire et à une crise humanitaire d’une ampleur sans précédent. Des millions de nos concitoyens vivent aujourd’hui dans des conditions de grande précarité, tandis que les déplacements forcés de population, l’insécurité alimentaire et la perte de confiance envers les institutions publiques fragilisent davantage le tissu national.
La transition engagée dans le but de rétablir l’ordre constitutionnel et de conduire le pays vers des élections démocratiques peine, à ce jour, à produire les résultats attendus. Les divergences observées entre les principales institutions impliquées dans la conduite de cette transition ont contribué à ralentir plusieurs décisions stratégiques et à alimenter les inquiétudes d’une population déjà éprouvée par des années de crise.
Dans ce contexte, de nombreuses voix au sein de la société haïtienne s’interrogent sur l’efficacité des mécanismes actuels de gouvernance et sur leur capacité à répondre aux défis exceptionnels auxquels le pays est confronté. Au regard des résultats obtenus jusqu’à présent, il apparaît nécessaire d’engager une réflexion sérieuse sur les ajustements institutionnels susceptibles de restaurer la confiance de la population ainsi que celle des partenaires nationaux et internationaux.
Nous invitons respectueusement la CARICOM à accompagner cette réflexion dans un esprit de dialogue, d’inclusion et de recherche de consensus, afin que les institutions de la transition puissent bénéficier de la légitimité, de la cohésion et de l’efficacité indispensables à l’accomplissement de leur mission. Ce qui, au regard des résultats observés, serait, à notre avis, loin d’être le cas avec l’actuel gouvernement.
Nous souhaitons également attirer votre attention sur les nombreuses préoccupations soulevées à propos du récent décret électoral. Plusieurs acteurs politiques, organisations de la société civile et observateurs indépendants ont exprimé des réserves quant à certains aspects de ce texte. Dans un contexte aussi sensible, il apparaît essentiel de favoriser un dialogue politique large et inclusif permettant de dégager un consensus national autour du cadre juridique devant régir les prochaines consultations électorales.
La crédibilité du processus électoral constitue en effet une condition indispensable à la stabilité future du pays. Les élections à venir devront non seulement être libres, transparentes et inclusives, mais également être reconnues comme légitimes par l’ensemble des acteurs politiques et sociaux.
Par ailleurs, la persistance de l’insécurité continue de représenter la menace la plus immédiate pour l’avenir de la Nation. Les groupes armés maintiennent ou étendent leur influence sur plusieurs zones stratégiques du territoire national, compromettant la libre circulation des personnes, les activités économiques, l’accès aux services essentiels et le fonctionnement normal des institutions publiques.
Nous estimons également que la restauration de la confiance publique passe par un engagement sans équivoque en faveur de la transparence et de la reddition de comptes. Les préoccupations régulièrement exprimées dans le débat public relativement à la gestion administrative et financière de l’État, à l’attribution de certains marchés publics, au fonctionnement des organes de contrôle ainsi qu’à diverses allégations de corruption, de conflits d’intérêts ou relations inappropriées avec des réseaux criminels, méritent d’être examinées avec toute la rigueur nécessaire.
À cet égard, nous appelons à la réalisation d’audits indépendants en ce qui concerne la gestion administrative, financière et contractuelle de l’actuel Gouvernement dirigé par le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé, ainsi qu’à l’ouverture d’enquêtes impartiales chaque fois que les circonstances le justifient. De telles démarches contribueraient à établir les faits, à renforcer les institutions de contrôle et à consolider l’État de droit.
Excellences,
Haïti a aujourd’hui besoin d’un nouvel élan politique fondé sur la responsabilité, la compétence, le dialogue et l’intérêt supérieur de la Nation. Elle a besoin d’institutions crédibles, capables de répondre aux attentes légitimes de la population et de préparer sereinement le retour à l’ordre constitutionnel.
Dans cet esprit, nous invitons respectueusement la CARICOM à poursuivre son accompagnement de la transition haïtienne en encourageant notamment :
- le renforcement des mécanismes de gouvernance et de concertation entre les institutions de la transition ;
- la mise en place d’un cadre politique assuré par une gouvernance bicéphale favorisant le consensus, la compétence et la stabilité institutionnelle ;
- le renforcement du soutien à la Police Nationale d’Haïti et aux dispositifs de sécurité ;
- la promotion de la transparence, de la reddition de comptes et du contrôle de l’action publique ;
- la réalisation d’enquêtes indépendantes sur toute allégation crédible de corruption, de violations des droits humains ou d’activités criminelles ;
- l’organisation, dans les meilleurs délais, d’élections libres, inclusives, transparentes et crédibles.
L’avenir d’Haïti ne peut être compromis par les divisions, les intérêts particuliers ou l’immobilisme. Il est encore possible de créer les conditions d’un redressement national fondé sur la confiance, la justice, la sécurité et la participation démocratique.
Nous demeurons convaincus que la CARICOM, fidèle à ses principes de solidarité régionale et d’attachement aux valeurs démocratiques, peut continuer à jouer un rôle déterminant dans l’accompagnement d’une sortie durable de la crise haïtienne.
Veuillez agréer, Excellences, l’expression de notre très haute considération.
Jean Rodlet Jean Baptiste
Secrétaire Général
Djina Guillet Delatour
Coordonnatrice Nationale

