Bois Caïman : le Comité des Gardiens du Serment du 14 août exige la suspension de la Commission « Projet Lakou Bwakayiman »

Le Comité de Bois Caïman a adressé, le 22 juin 2026, une lettre ouverte au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour dénoncer la récente création de la Commission chargée de l’implémentation du Projet Lakou Bwakayiman par le ministère de la Culture et de la Communication, Emmanuel Ménard.
Dans cette lettre écrite d’un ton ferme, les signataires, qui se présentent comme les « héritiers légitimes de Boukman » et les « Gardiens du Serment du 14 août 1791 », accusent les autorités de mettre en place une structure destinée à favoriser le détournement de fonds publics à l’approche des célébrations de Bois Caïman.

Selon le Comité, la commission créée le 22 juin et dotée d’un mandat d’un mois regroupe principalement des personnes qualifiées d’« opportunistes ». De telles initiatives, estime-t-il, se répètent chaque année et servent davantage à capter les ressources destinées aux festivités commémoratives qu’à préserver le site historique.
En outre, le dénonciateurs réclament formellement la publication détaillée de tous les fonds alloués aux activités liées à Bois Caïman au cours des dix dernières années. Ils demandent au ministère de l’Économie et des Finances de rendre publics les montants débloqués, leurs bénéficiaires ainsi que leur utilisation.
Au-delà des questions de gouvernance, la lettre dénonce également l’état de dégradation du site historique. Les auteurs évoquent notamment la prolifération de constructions anarchiques, l’exploitation de carrières de sable, la coupe d’arbres, l’occupation progressive du terrain par des habitations précaires ainsi que la délivrance de titres fonciers malgré le décret de 1995 déclarant Bois Caïman d’utilité publique. Aussi, le Comité pointe du doigt les autorités municipales et locales, accusées d’autoriser des transactions foncières et des activités qui contribueraient à la destruction du patrimoine historique. Ces dernières doivent être considérées comme coupables et sanctionnées pour leur implication dans la vente illégale de terrains dans la zone, ont-ils martelé.
Par ailleurs, l’annonce de la création d’un « Thé Bois Caïman » par le ministère de la Culture suscite une vive indignation au sein de l’organisation. Les membres du Comité considèrent cette initiative comme une banalisation de la portée historique et symbolique de Bois Caïman, lieu associé au soulèvement des esclaves qui a conduit à l’indépendance d’Haïti.
Pour assurer la préservation du site, le Comité estime que la priorité absolue demeure sa clôture complète afin de freiner les occupations illégales et les activités qui menacent son intégrité. Les signataires reconnaissent l’importance de futurs projets d’aménagement, notamment la construction d’un mémorial, d’une forêt sacrée, d’espaces culturels et d’infrastructures d’accueil, mais jugent que la sécurisation du périmètre constitue la mesure la plus urgente.
Dans leurs revendications, les représentants dudit comité demandent la suspension immédiate de la Commission « Projet Lakou Bwakayiman », la réalisation d’un audit des fonds consacrés à Bois Caïman depuis 2016, la protection physique du site, l’abandon du projet de « Thé Bois Caïman » ainsi que la création d’un Conseil de Gardiens composé notamment d’habitants, de houngans, de manbos et d’historiens.
« Notre position est claire. Premièrement, suspendez immédiatement cette commission. Deuxièmement, auditez tous les fonds Bois Caïman depuis 2016. Troisièmement, clôturez le site, stoppez les ventes de terrain et sanctionnez le maire. Quatrièmement, abandonnez l’idée insultante de Thé Bois Caïman. Cinquièmement, mettez en place un Conseil de Gardiens, composé d’habitants, de hougans, de manbos, d’historiens, sous contrôle citoyen, pas ministériel », lit-on dans la correspondance.
En conclusion, les auteurs précisent pour le chef du gouvernement, en disant : « Monsieur le Premier Ministre, l’Histoire vous regarde. Vous avez le choix : être le chef de gouvernement qui a laissé profaner Bois Caïman, ou celui qui a rendu à Boukman sa dignité. Nous, à Bois Caïman, nous sommes prêts à mourir et à engager la bataille pour le respect de cet espace. Car un peuple qui ne défend pas sa mémoire n’a pas droit à l’avenir. »
FCNHAITI

