Racisme et silence officiel : l’indignation enfle en République dominicaine après la mort suspecte d’une écolière haïtienne de 11 ans

Dix jours après la mort troublante de Stephora Joseph, une écolière haïtienne de 11 ans décédée dans des circonstances suspectes à Gurabo, le silence persistant des autorités dominicaines suscite une vive indignation. Le journaliste d’investigation Esteban Rosario, figure reconnue de la presse locale, dénonce une « omerta institutionnelle » qu’il attribue à la dimension raciale présumée de l’affaire.
La fillette, brillante élève du Collège Da Vinci, un établissement privé réputé et fréquenté par des enfants de familles aisées, participait, le vendredi 14 novembre 2025, à une sortie scolaire dans un centre de loisirs doté d’une piscine. Dix jours à peine après avoir été distinguée pour ses excellents résultats académiques, Stephora a perdu la vie lors de cette excursion, dans des conditions qualifiées de « profondément suspectes » par plusieurs témoins interrogés anonymement.

Des témoignages accablants et un mobile raciste présumé
Dans une vidéo publiée par la Fondation Zile, Esteban Rosario affirme avoir recueilli des témoignages selon lesquels la fillette aurait été victime d’un acte délibéré perpétré par trois camarades de classe, âgés de 12 à 13 ans. Ces jeunes auraient agi sous l’emprise d’un climat de haine raciale, nourri par des attitudes discriminatoires au sein de certains milieux familiaux.
Selon ces sources, Stephora aurait été, depuis plusieurs mois, la cible de moqueries, d’insultes et d’intimidations liées à sa peau sombre et à ses origines haïtiennes. Elle aurait été traitée de « maudite noire », rapporte Rosario.
L’une des zones d’ombre les plus signalées tient à l’absence totale de réaction des quelque 80 élèves présents autour de la piscine au moment du drame. « Une invraisemblance absolue », insiste le journaliste, qui estime que ce silence collectif renforce les soupçons d’un acte intentionnel.
Une absence totale de réaction des institutions
Depuis la tragédie, ni le Collège Da Vinci, ni le parquet de Santiago, ni le ministère dominicain de l’Éducation n’ont publié la moindre déclaration officielle. Aucune enquête n’a été ouverte, aucun élève interrogé.
Pour Esteban Rosario, cette inaction manifeste révèle « une hiérarchie de vies » dans laquelle la nationalité de la victime et l’influence sociale des familles impliquées pèseraient lourd.
« Si l’enfant avait été dominicaine, la machine judiciaire se serait mise en marche dès la première heure », déplore-t-il.
Un climat de tensions amplifié par un second drame
La mort de Stephora intervient dans un contexte déjà marqué par des préoccupations accrues concernant les traitements infligés aux migrantes et migrants haïtiens en République dominicaine.
Le 21 novembre 2025, la Plateforme Genre du Nord-Est d’Haïti (PGNE) a dénoncé le décès de Jésula Florvil, une jeune mère haïtienne de 31 ans. Hospitalisée à La Pinta et encore sous oxygène, elle a été débranchée et transférée de force par les autorités migratoires dominicaines, avant d’être remise aux services haïtiens puis conduite en urgence à la Clinique Univers. Elle y est décédée quelques heures plus tard.
Cette affaire, largement médiatisée dans le Nord-Est d’Haïti, a renforcé les inquiétudes relatives aux traitements inhumains rapportés dans plusieurs centres de détention ou lors d’opérations migratoires.
Un appel pressant à la transparence et à la justice
En dénonçant à haute voix ce qu’il considère comme un déni de justice, Esteban Rosario pointe du doigt une société « gangrenée par le racisme et l’impunité ». Il exhorte les autorités dominicaines à rompre le silence, à diligenter une enquête sérieuse et à garantir que la mort de la jeune Stephora Joseph ne soit pas reléguée au rang des « drames commodes à oublier ».
Pour la famille de l’enfant, comme pour les organisations de défense des droits humains, l’exigence demeure la même : vérité et justice pour une fillette de 11 ans dont l’avenir prometteur a été brutalement interrompu.
JJJ / FcnHaiti

