Haït-Politique : l’ONU annonce le retour intégral de son personnel à Port-au-Prince avant la fin de l’année

Alors que la crise haïtienne s’enlise, l’Organisation des Nations unies (ONU) s’apprête à redéployer l’ensemble de son personnel à Port-au-Prince d’ici la fin de l’année. L’annonce, faite par Carlos Ruiz Massieu, Représentant spécial du Secrétaire général pour Haïti, marque un tournant pour une institution qui, depuis deux ans, opère à effectif réduit en raison de l’insécurité galopante. Parallèlement, un bureau d’appui à la future force internationale chargée de combattre les gangs devrait être pleinement opérationnel d’ici le 31 mars 2026.
Depuis le siège des Nations unies à New York, Carlos Ruiz Massieu s’est montré catégorique : « Nous devons être sur le terrain pour remplir notre mandat. » De retour d’Haïti, il décrit un pays « en proie à une crise aux facettes multiples », frappé à la fois par la violence des gangs, la faim et la paralysie politique.
Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), qui a pour mission d’appuyer la stabilité politique et la promotion des droits humains, n’a cessé de réduire ses effectifs depuis 2023, après deux évacuations successives dues aux combats de rue et aux enlèvements. « Lorsque je suis arrivé, il n’y avait que dix-sept personnels internationaux sur place », confie le diplomate mexicain, qui a pris la tête du bureau en août dernier.
Mais l’heure est à la remobilisation : 75 % des employés devraient être de retour début novembre, avant un redéploiement complet d’ici décembre. Ce retour est rendu possible grâce à des accords d’évacuation sécurisée conclus avec la République dominicaine et à la disponibilité d’hélicoptères de transport. « Nous devons être là pour remplir notre mission », insiste-t-il, déterminé à réaffirmer la présence onusienne au cœur de la capitale haïtienne.
Une transition politique sous haute tension
Sur le plan institutionnel, Haïti demeure suspendue à un fil. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, aucun scrutin n’a été organisé. Le Conseil présidentiel de transition (CPT), mis en place en 2024, est chargé de conduire le pays vers des élections générales d’ici le 7 février 2026, date prévue pour le transfert du pouvoir à des dirigeants élus.
Mais à ce jour, aucun signe concret de préparation électorale n’est visible. « Si les conditions ne permettent pas la tenue d’élections avant le 7 février, il faudra trouver un arrangement pour éviter un vide politique », prévient M. Ruiz Massieu, appelant à une responsabilité collective. L’envoyé spécial évoque un « compte à rebours enclenché », rappelant que l’immobilisme politique nourrit la violence et l’instabilité.
Vers un nouveau bureau d’appui onusien
Face à l’extension du contrôle des gangs, qui dominent plus de 80 % de Port-au-Prince et avancent dans les départements de l’Artibonite, du Centre et du Nord-Ouest, l’ONU mise sur un nouvel outil de coordination. Le Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (BANUH), en cours de création, épaulera la future Force de répression des gangs (FRG), une mission multinationale de 5 550 hommes approuvée fin septembre par le Conseil de sécurité.
Selon M. Ruiz Massieu, ce bureau devrait être opérationnel d’ici le 31 mars 2026 et jouera un rôle logistique et financier essentiel au déploiement complet de la FRG « quelques mois plus tard ».
Des défis sécuritaires et éthiques persistants
Interrogé sur l’usage controversé de drones explosifs par les forces haïtiennes, le chef du BINUH se montre prudent mais ferme : « Nous avons conseillé les autorités sur les risques d’atteintes à la population civile. Les forces de sécurité doivent respecter les normes internationales des droits humains. »
Des organisations locales font état de victimes civiles, dont des enfants, lors d’opérations menées contre des gangs à Port-au-Prince. Le diplomate plaide pour un renforcement de la formation des unités haïtiennes « afin d’éviter les erreurs du passé ».
Restaurer la crédibilité d’une présence onusienne fragilisée
Pour l’ONU, ce retour à Port-au-Prince est autant un geste technique qu’un symbole politique. Après des années d’éloignement et de méfiance populaire, l’organisation tente de restaurer sa légitimité dans un pays où sa présence reste controversée.
« Ce n’est pas un acte de bravoure, mais une obligation », tranche M. Ruiz Massieu. « Nous devons tout faire pour aider les Haïtiens à éviter un vide politique et retrouver le chemin d’un État de droit. »
JJJ / FcnHaiti
