Fritz Alphonse Jean accuse le Premier ministre de refus de transparence et dénonce l’escalade des violences

Dans une correspondance datée du 23 septembre et adressée aux membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), Fritz Alphonse Jean, conseiller et ancien coordonnateur des actions de l’instance, a vivement critiqué l’attitude du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qu’il accuse de refuser de rendre des comptes, tant au CPT qu’à la Nation.
L’économiste et homme politique déplore notamment l’absence de résultats tangibles face à la montée en puissance des gangs armés. « Le soutien obtenu n’a pas permis d’empêcher les bandits de s’emparer de nouveaux territoires, et aucun chef de gang notoire n’a été neutralisé ni appréhendé », écrit-il. Selon lui, les dispositifs mis en place n’ont pas non plus permis de renforcer les capacités opérationnelles de la Police nationale d’Haïti (PNH), dont les interventions « sont restées limitées et sans effets probants ».
Dénonciation de contrats opaques et du recours aux mercenaires
La correspondance mentionne l’absence persistante du soutien aérien promis à la PNH, pourtant prévu dans un contrat resté lettre morte. Jean fustige également la gestion des experts étrangers « soutenus par le Premier ministre », accusés de percevoir des fonds publics sans livrer les résultats attendus.
Plusieurs médias américains rapportent qu’un contrat confidentiel aurait été signé entre le gouvernement haïtien et Vectus Global, une société militaire privée dirigée par Erik Prince. Depuis mars 2025, cette entreprise mènerait des opérations en Haïti, notamment par le biais de drones armés, en coordination avec une cellule rattachée au Premier ministre.
Les violences s’intensifient : massacres et attaques de drones
Dans sa lettre, Fritz Alphonse Jean dénonce la recrudescence des crimes commis par des bandes armées à travers le pays, citant le massacre de dizaines de civils à Labodri, dans la commune de Cabaret, ainsi que des assassinats à Liancourt, dans l’Artibonite.
Il revient également sur l’attaque de drones « kamikazes » survenue le 20 septembre dans le quartier de Simon Pelé, à Port-au-Prince, qui a coûté la vie à une quinzaine de personnes, dont huit enfants. Parmi les victimes figure la petite Merika Saint-Fort Charles, âgée de quatre ans, selon le Miami Herald.
Jean souligne que des engins similaires avaient déjà causé la mort de deux policiers des unités spéciales et blessé grièvement quatre autres. « Le sang de nombreuses victimes continue de couler à cause de l’inaction et de l’irresponsabilité du Premier ministre », s’indigne-t-il, dénonçant « un mélange de mauvaise foi, d’incompétence et de négligence criminelle ».
Silence gouvernemental
À ce jour, le gouvernement de transition n’a publié aucune déclaration officielle concernant les événements de Simon Pelé ni les accusations portées par Fritz Alphonse Jean. Ce silence, déplore-t-il, traduit « un refus de transparence » au moment où la population vit dans la peur des massacres, des kidnappings et des exactions de gangs lourdement armés.
JJJ / FcnHaïti

