Le détournement d’armes alimente la puissance de feu des gangs en Haïti, selon un rapport troublant des Nations Unies

Un rapport percutant émanant du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti met en lumière une réalité alarmante : la montée en puissance des gangs armés dans le pays est en grande partie alimentée par des détournements d’armes provenant des stocks officiels de la Police nationale d’Haïti (PNH) et de la République dominicaine. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte de corruption et de failles institutionnelles qui fragilisent gravement la sécurité et la stabilité du pays.
La lettre confidentielle, datée du 9 juin 2025, adressée à la présidente du Conseil de sécurité, souligne que les armes utilisées par les gangs pour affronter l’État et terroriser la population proviennent de détournements opérés par des policiers haïtiens et des membres corrompus des forces de sécurité dominicaines. L’analyse des experts révèle un trafic endogène, alimenté par une absence de mécanismes de gestion rigoureux et des pratiques de corruption au sein même des forces de sécurité.
Les détournements : une pratique endémique
Le rapport documente des cas troublants où des agents de la PNH ont été interceptés en possession de milliers de munitions destinées à des gangs spécifiques, tels que Viv Ansanm et Kraché Difé. Deux affaires emblématiques illustrent la gravité de la situation : un officier de l’Unité contre-embuscade du Palais national, arrêté avec près de 2 700 munitions, et un autre policier interpellé avec 2 400 munitions, en partie volées à l’armurerie de la PNH grâce à la complicité de sa compagne.
Complicités transfrontalières
Le rapport identifie également des complicités au niveau régional, mettant en cause la République dominicaine. Des membres corrompus des forces de sécurité dominicaines sont accusés de vendre des armes à destination d’Haïti, comme en témoigne une saisie de 5 000 cartouches interceptées à Mirebalais, provenant des stocks officiels de la Police dominicaine.
Des arsenaux de plus en plus sophistiqués
Les gangs armés haïtiens se sont dotés d’équipements de plus en plus sophistiqués, y compris des fusils de calibre .50 et des munitions de guerre. Cela complexifie considérablement les opérations des forces de l’ordre, qui se retrouvent confrontées à une menace militaire sans précédent. La saisie d’une « arme fantôme » montre la tendance croissante à l’utilisation d’armes illégales importées des États-Unis, échappant à tout contrôle en raison de l’absence de numéros de série.
Le Rôle des sociétés privées et missions diplomatiques
Le rapport souligne également les dangers posés par les sociétés de sécurité privées, souvent mal régulées, qui deviennent des maillons faibles dans la chaîne de contrôle des armes. Les missions diplomatiques, bien qu’importatrices d’armes pour leur propre protection, peuvent également alimenter involontairement le marché noir si leurs prestataires locaux ne respectent pas les protocoles de sécurité.
Un état impuissant face aux gangs
Malgré un embargo théorique sur les armes, le rapport met en évidence l’inefficacité de ces mesures face à l’ampleur du trafic et à l’implication d’acteurs étatiques. À l’aube d’une mission multinationale d’appui à la sécurité imminente, la nécessité d’un contrôle ferme des armes et d’un assainissement interne défiant la corruption apparaît cruciale. Sans des efforts concertés pour restaurer la transparence et l’intégrité au sein des institutions haïtiennes, il est peu probable que les interventions extérieures aboutissent à une désescalade de la violence armée.
Une crise aux multiples dimensions
Enfin, le diagnostic dressé par le Groupe d’experts souligne un effondrement généralisé des institutions, une dynamique territoriale dédiée aux gangs de plus en plus agressive, et l’incapacité de l’État à sécuriser la capitale. Le président du Conseil présidentiel de transition, Fritz Alphonse Jean, a lui-même qualifié la situation de désastreuse, où des intérêts politiques et économiques ont conduit à une coopération tacite ou à l’inaction face aux activités des gangs.
Ce tableau sombre appelle à une prise de conscience collective et à des actions concrètes pour rétablir l’ordre et la sécurité en Haïti, mettant en avant l’urgence d’un renouveau fondamental de la sécurité publique pour redonner espoir à une population de plus en plus vulnérable.
JJJ / FcnHaïti
