Dissolution de la CNDDR suite à la nomination controversée de Jean Rebel Dorcénat

Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a annoncé, ce vendredi, la dissolution officielle de la Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion (CNDDR) en raison d’« une perte de confiance généralisée » et de dénonciations répétées. Cette décision, relayée par le Bureau de Communication de la Présidence, fait suite à une série de critiques, notamment de la part du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), qui avait fermement contesté la nomination de Jean Rebel Dorcénat, présenté comme un proche du chef de gang Jimmy Chérisier, surnommé « Barbecue ».
Le RNDDH a dénoncé dans une correspondance adressée au CPT le rôle controversé joué par Dorcénat, ancien porte-parole de la CNDDR, dans la fédération des groupes armés, notamment le G9 An Fanmi e Alye et le G-Pèp. Selon l’organisme dirigé par Pierre Espérance, Dorcénat aurait facilité l’accès de ces bandes à des ressources logistiques et financières, consolidant ainsi leur pouvoir au détriment de la sécurité publique.
Les accusations portées contre lui sont sévères : le RNDDH a affirmé que Dorcénat avait agi comme protecteur des bandits armés, plaidant leur cause dans des médias et renforçant leur influence. Ses actions durant l’administration de l’ancien président Jovenel Moïse seraient également à l’origine du renforcement des capacités opérationnelles des gangs, leur permettant de perpétrer des actes criminels en toute impunité.
Vers un refonte de la CNDDR
En réponse aux critiques et à la nécessité d’un changement, le CPT reconnaît l’impératif de refonder totalement le mécanisme de désarmement en Haïti. Dans son communiqué, il annonce l’émergence d’une nouvelle structure qui sera « à l’abri de toute suspicion et apte à répondre efficacement aux défis sécuritaires actuels ». Des consultations sont déjà prévues avec des secteurs clés de la société haïtienne, incluant la société civile et d’autres personnalités influentes.
La dissolution de la CNDDR ne se limite pas à une simple mesure administrative ; elle représente un tournant dans la lutte contre l’impunité et les violences liées à la criminalité organisée. En effet, la reconduction d’une figure aussi controversée que Jean Rebel Dorcénat au sein de la commission aurait été perçue comme une récompense pour les gangs armés, trahissant ainsi les attentes de la population en matière de sécurité et de gouvernance.
Une réaction de la société civile
La réaction du RNDDH a été immédiate et véhémente, qualifiant la nomination de Dorcénat d’insulte envers les victimes de violences des groupes armés et d’une prime à la banalisation de la vie humaine. Leur communiqué souligne que cette situation ne fait qu’alimenter le règne de l’impunité, trahissant les promesses de changement et de sécurité que le CPT avait faites à la population haïtienne.
La CNDDR, désormais dissoute, avait été constituée par un arrêté lors du Conseil des ministres du 21 février 2025, comprenant des membres dont certains avaient déjà exprimé des réserves quant à leur participation. Ce contexte de méfiance et de contestation soulève des questions fondamentales sur la capacité de l’État haïtien à gérer la crise sécuritaire et à rétablir la confiance des citoyens.
Face à un environnement sociopolitique aussi complexe et volatile, la dissolution de la CNDDR peut désormais donner un nouvel élan dans la quête d’une stratégie efficace pour lutter contre la criminalité organisée en Haïti. Il reste à observer comment les autorités vont mettre en œuvre cette refonte et quels mécanismes seront établis pour garantir non seulement la sécurité, mais aussi la légitimité des institutions aux yeux de la population. Les prochaines étapes devront être empreintes de transparence et d’engagement inclusif afin de restaurer la confiance largement érodée.
FcnHaïti

